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dimanche 11 juin 2017

Dissection d'une pelote de réjection


Vous connaissez ces kits d'archéologie pour enfants qui proposent de pseudo-ossements en plastique à dégager d'un bloc de plâtre ? Et bien la Nature offre l'équivalent - en mieux, comme toujours...


Non, non, notre trouvaille du jour n'est pas une crotte. C'est une pelote de réjection : inodore, sèche, propre. Dénichée lors d'une ballade en forêt au pied d'un grand conifère, c'est une boule de poils agglomérés qui recèle des indices précieux sur la vie animale alentour ...


Si vous avez la chance d'en trouver une, proposez à vos enfants de la disséquer afin qu'elle vous livre ses secrets. Commençons par l'observer de l'extérieur, à l’œil, à la loupe, au microscope. Que voyons-nous ?

Si la pelote contient des ossements, c'est qu'elle a été rejetée par un rapace nocturne. S'il ne s'agit que de poil, c'est sans doute le résultat de la digestion d'un corvidé, aux sucs digestifs suffisamment puissants pour digérer les os. Enfin, si elle contient des arêtes et des éclats de coquillages, elle appartient sans doute à une mouette - voire à un martin pêcheur ! 

Pour nous, nous penchons à première vue pour une chouette hulotte, car elles sont communes dans les environs. Cependant, il ne serait pas étonnant que le bois de résineux où nous avons trouvé la pelote soit également peuplé de hiboux moyen-ducs. Le lieu correspond effectivement assez bien aux forêts-dortoirs prisées par ces oiseaux, car il est entouré de vastes prairies ouvertes, qui constituent  le terrain de chasse de ces nocturnes.

La dissection de la pelote devrait nous permettre de vérifier ou d'infirmer cette hypothèse... En effet, le hibou moyen-duc se nourrit à 90% de campagnols... Si les squelettes mis au jour appartiennent exclusivement à cette espèce, nous serons en droit d'imaginer avoir trouvé le perchoir favori du beau rapace. Par contre, si la pelote contient un squelette de musaraigne, cette théorie tombe à l'eau : le moyen-duc ne prise pas trop ces rongeurs, et nous dirons donc qu'il s'agit d'une pelote de Hulotte...

Au boulot ! 😊


Avant de commencer à la décortiquer, n'oubliez pas de peser et de mesurer votre pelote, car ensuite, il sera trop tard ! 😉


Chez nous, nous avons installé un dispositif nous permettant de "filmer" la dissection : notre microscope USB fut fixé au pied de l'appareil photo et programmé pour prendre un cliché toutes les 20 secondes. J'adore ce type d'installation qui met la technologie au service de la science, et me fait me croire à Reggio Children !


Les enfants sont venus procéder à la dissection avec moi, à tour de rôle. Nous avons placé la pelote sur une feuille de couleur afin de mieux visualiser les ossements mis au jour.


On peut humecter la pelote avant de la disséquer - c'est ce que je vous conseillais dans mon livre Une année pour apprendre en s'amusant, page 194. Cependant, pour avoir tester aussi à sec depuis, je crois que j'aime autant. A vous de voir !


Les os dégagés sont grisâtres. Par mesure d'hygiène, si vous souhaitez les conserver, plongez-les dans un flacon d'eau javellisée...


... et les voilà blancs comme neige (ou presque) !


Le premier tri a été fait : les os d'un côté, et les poils de l'autre. Notre pelote contenait deux crânes de rongeurs, dont on voit au premier coup qu'ils n'appartiennent pas à la même espèce. Ce sont ces crânes qui vont servir à identifier les proies avec certitude. Notre enquête avance !


J'ai bricolé une clef de détermination facilement lisible pour les enfants. Vous pouvez la télécharger ICI.

Squelette de souris

Un second tri commence à l'aide de ce document : dans de petits flacons, nous trions les ossements par catégories. Maxillaires, dents, vertèbres... Le travail est tout à fait à la portée d'Antonin, 6 ans, qui "absorbe" le vocabulaire avec une facilité déconcertante...


Et voilà le travail ! Nous avons la bonne surprise de constater que les deux squelettes sont quasiment complets. Seules les omoplates demeurent introuvables (mais peut-être les confond-on avec des débris d'os crâniens ?) et il manque une maxillaire inférieure, qui a dû se détacher de la pelote lors de sa chute. Les bribes de colonne vertébrale, parfois bien conservées au moment où on les a dégagés des poils, ont tendance à se fractionner au cours des manipulations successives... Tant pis, c'est le prix à payer à travailler avec des petits... Et en même temps, cela fait une illustration de ce que la colonne est composée d'os emboîtés !


Bien sûr, notre travail de naturaliste n'est pas achevé : il faut étiqueter. L'enthousiasme des enfants à rédiger ces étiquettes m'a beaucoup étonnée : ils se sont chargé du travail de bout en bout, avec beaucoup de persévérance et d'autonomie - vrai, je crois que tels qu'ils étaient lancés, ils auraient pu rédiger deux fois plus d'étiquettes ! 😄


On écrit, on découpe...


... on glisse les ossements concernés dans un petit sachet de gaze...


Il ne reste plus qu'à glisser la légende dans le sachet et à refermer le tout.


Et on procède ainsi pour toutes les catégories précisées dans notre document : radius, cubitus, humérus... La musicalité de ces mots n'est sans doute pas étrangère à l'intérêt des enfants !

Photo by Antonin 💓

L'ensemble de notre travail est conservé dans notre classeur de sciences (notre classeur "des choses du monde", comme l'appellent les enfants) et qu'il faudra un jour que je  vous le présente, car il mérite un petit article à lui tout seul... 😉


Et donc, le fin mot ? Je me suis penchée très sérieusement sur les clefs de détermination des micromammifères de notre région pour essayer d'identifier les deux sujets ingurgités - et régurgités - ce jour-là. L'identification est difficile, et nécessite des mesures qui sont pour le moment hors de portée de mes enfants. La bonne nouvelle, c'est que nous pourrons toujours reprendre nos ossements dans quelques années pour les identifier plus avant. 

Mes observations personnelles me feraient dire que nous avons là un squelette de campagnol, et un de muridé (certainement un mulot).

Si tel est bien le cas, rien ne condamne absolument l'hypothèse qu'il s'agisse d'un moyen-duc... 

Et je dois avouer qu'il me plaît d'y croire !  😉

7 commentaires:

  1. Merci Elsa pour ton article qui tombe à pic !
    Nous avons découvert une nuit 1 chouette ou hibou dans un arbre du jardin. La deuxième nuit, nous avons tenté de réveiller Arthur sans succès... Je suis partie 3 jours avec les enfants et leur papa a vu 4 hiboux moyen duc (2 adultes et 2 juvéniles - déduction de non-professionnel) dans notre noisetier :-)
    Mais à notre retour plus personne… Je suis vraiment déçue que les enfants ne les aient pas vu. Mais nous avons trouvé tout une collection de pelotes que nous décortiquerons cette semaine !!!
    Donc un grand merci pour cette explication et pour la clé de détermination !
    Alice

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    1. PS : j'ai hâte de découvrir les détails de votre classeur… Ici en IEF, j'ai bien du mal à "ranger" les découvertes que nous faisons...

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  2. Je suis toujours aussi admirative de la qualité des activités proposées aux enfants. Merci, l'enthousiasme est contagieux !

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  3. Comme toujours c'est du haut niveau! Ici ils ont déjà disséqué des pelotes notamment lors de séances des ateliers nature des CPN. (mais de microscope ni autre outil techno juste des pinces à épiler les deux pieds dans les bottes au milieu de la foret!)
    Ils en avaient fait de magnifiques tableaux (colés sur du carton plume noir) c'était assez esthétique! et ils avaient bien repéré les différentes parties du squelette

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  4. Merci pour ce moment de lecture magique! Quel plaisir ça a dû être pour les enfants que de disséquer, triturer, classer, étiqueter... Une activité géniale!
    Hâte aussi de découvrir de fabuleux classeur ;-)

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  5. Pour notre première pelote nous avons été hyper déçue (et pour le moment je doute que ma fille ait envie de renouveler l'expérience). De la taille, la forme et la couleur, on pense à une corneille. Et donc il n'y avait que des poils.
    Par contre, je pense aussi qu'à sec c'est plus pratique à faire.

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