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jeudi 30 mars 2017

La petite souris n'est pas passée...

Avertissement : le présent article est un récit de vie familiale, par définition particulière.
Il ne s'agit pas ici de théoriser de façon générale sur les croyances des enfants, mais de relater une expérience personnelle.


La Petite souris, ce n'est pas nous qui l'avons inventée. Elle a surgi un beau matin, dans la bouche d'Antonin, 6 ans :

"Quand on perd une dent, on la met sous l'oreiller. Et pendant la nuit, il y a une petite souris qui passe et qui dépose une pièce.

- Ah ?! Quelle histoire intéressante !", ont dit les adultes.

Son apparition soudaine ne nous a pas émus le moins du monde. Pensez-donc : nous vivions déjà avec quelques Pères Noël et une colonie de cloches de Pâques. Nous pouvions bien nous tasser un peu, la maison est grande, et cette souris, si petite !! 😊


Antonin et Louiselle se posent beaucoup de questions sur la véracité de certaines figures fantastiques. Nous avons eu droit à tout – ou presque  : est-ce que les sorcières existent ? Et les ogres ? Les géants ? Les dragons ? Il est facile pour nous de répondre que non – nul affect n'est en jeu, et je pense de toute manière qu'il est rassurant, pour les enfants, de vivre dans un monde expurgé de monstres. Mais : JAMAIS nos enfants ne nous ont demandé si le Père Noël existait. JAMAIS. Ils ont pourtant assisté à l'emballage de quelques cadeaux, et à certaines discussions à peine voilées... qui ont glissés sur eux - ils le voulait ainsi. Il ont constaté l'apparition soudaine des chocolats de Pâques avec ravissement, et en ont conclu tout seuls, sur la base apparemment non réfutable de leur culture de cour de récré, que c'étaient les cloches qui les apportaient.

Je n'ai pas pour habitude de contredire – ni même de sourire - aux tentatives d'explications du monde que déploient mes enfants. J'ai donc fait exactement ce que je fais lorsqu'ils m'expliquent le processus de la digestion ou les aléas de la météo : je n'ai rien validé, rien invalidé. D'ailleurs, les choses étaient très claires : on ne me demandait pas mon avis

Tout de même, l'année dernière, Antonin s'est demandé comment les cloches faisaient pour entrer dans les maisons, afin que les enfants puissent faire leur chasse à l'intérieur par temps de pluie. Je lui ai répondu que c'était une bonne question, et que si c'était effectivement les cloches qui faisaient le boulot, cela questionnait drôlement. La conversation en était restée là.


C'est en ce sens que j'ai parfois l'impression que nous cohabitons avec quelques créatures mythiques, malgré le soin que nous mettons, nous les adultes, à traiter ces histoires comme des histoires. Mon homme et moi disons bien, à chaque fois que nous croisons un Père -Noël : "Tiens, UN Père-Noël." (et non : "C'est LE Père-Noël !", remarquez la nuance), et nous enchaînons généralement sur une étude comparée de leurs déguisements respectifs - discussion passionnée et passionnante à laquelle les enfants prennent une large part. Pas question de préparer une collation au vieux barbu le soir du 24, de lui écrire une lettre - à laquelle il répondra peut-être ! - et de prétendre que le bonhomme voit tout et entend tout (surtout s'il s'agit de "bêtises"). Agir ainsi reviendrait pour moi à abuser cruellement de la naïveté de mes enfants et de leur appétit de surnaturel - pour dire le vrai et sans vouloir décrier les familles qui font d'autres choix, je craindrais même d'entraver le développement de leur esprit critique.


L'apparition de la petite souris ne nous a donc pas émus le moins du monde, disais-je. Mais je fus par contre véritablement ébranlée, lorsque deux jours après lui avoir donné vie, Antonin exprima pour la première fois un doute radical à son sujet. Il vint se planter à mes côtés, et lança d'un air malicieux :

"Je sais ce que je vais faire ! Le jour où je perdrai ma dent, je ne vais pas vous le dire, et je la glisserai en cachette sous l'oreiller ! Comme ça, s'il n'y a rien le lendemain, c'est que c'est Papa et toi qui glissez la pièce !".

Là dessus, mon Damoiseau fort satisfait me laissa en plan. 😶

Je dois dire que j'étais un peu sonnée : décidément, les choses ne se faisaient pas dans l'ordre supposé. Car encore une fois, rien ne m'était demandé directement. Antonin sait pertinemment que je répondrai à sa question s'il me la pose. Ce qui m'était adressé, j'en eu immédiatement conscience, c'était la question muette d'autres enfants, ces enfants auxquels on "fait croire". La stratégie avait été élaborée, peut-être collectivement, dans l'ombre d'un préau, pour obtenir la réponse refusée. Cette idée n'était pas celle de mon fils : elle circulait parmi ses copains comme une tentative de putsch dans le monde des adultes ... J'avoue que je ne peux qu'applaudir très fort ! 😊

Le lendemain, la dent d'Antonin tomba. L'évènement, passage rituel au sens fort, fut très impressionnant, avec perte de sang, handicap relatif de plusieurs heures, et tout et tout. La grande classe. Bref : la dent tombe, et il n'est bien sûr pas question pour Antonin d'en faire cachotterie à ses parents. D'ailleurs cette idée, dont j'ai tout de suite su qu'elle n'était pas la sienne, semble bien loin de son esprit à présent. Sa seule obsession (tout de suite après : "Je saigne donc je souffre. Je perds quelque chose donc je grandis.") est : glisser sa dent sous l'oreiller pour recevoir sa pièce, et ainsi parachever le rite de passage. Nous n'entendons plus, à ce stade, parler de la Petite souris. 😉


Le lendemain matin, Antonin a trouvé sous son oreiller deux petits paquets, une boite minuscule et une grande enveloppe. Il n'a rien ouvert sans nous. Il a tout emporté au salon et attendu patiemment deux bonnes heures que nous émergions du sommeil. Il avait besoin de nous, car il savait, je crois, que nous ne le laisserions pas dans le flou, et que nous répondrions à sa question.


Nous avions décidé de faire les choses bien. Les deux petits paquets contenaient un livre d'initiation à la mythologie grecque (sans doute son livre préféré depuis lors) et un adorable petit carnet illustré sur le thème des contes classiques. Ces petits présents étaient surtout le fruit du hasard : j'entasse toute l'année des babioles que je n'offre qu'à l'occasion d'une occasion (!). Mais rétrospectivement, je trouve que le hasard fait bien les choses et que le message est clair.  La perte de la première dent, et c'est l'entrée dans le monde des "grands", le monde symbolique : les grands mythes fondateurs, et les contes-reflets de notre inconscient collectif (que je lis en version la plus originale possible à mes enfants, et qu'ils ne connaissent pas tous encore, loin s'en faut, de ce fait).


Et encore : plutôt que d'emporter la précieuse dent au royaume de l'oubli, nous l'avons placée dans une jolie boite, conçue spécialement pour recevoir les dents de lait. Cette boite a été replacée sous l'oreiller, et Antonin aura à charge d'y placer les prochaines, précieusement. Il pourra à tout moment inspecter son contenu, manipuler et nommer les trésors physiques et symboliques qu'elle contient... C'est tout de même plus intéressant que si la Petite souris les emportait pour toujours, hein ? 😉

Quant à l'enveloppe, en plus de la fameuse pièce (2 euros autrichiens !), elle contenait deux feuillets :

-  J'avais mis en page, d'après une idée trouvée sur le Net (où ?) un relevé des chutes des dents de lait. Antonin a pris grand plaisir à inscrire la date de la chute de sa première dent (à l'aide de son dateur chéri reçu à Noël !), et attend avec impatience de pouvoir poursuivre le relevé... Si ce document vous intéresse, il est téléchargeable ICI.  


- La deuxième feuille était la réponse à sa question voilée : une lettre ... de ses parents. Après tout, les petites souris ont souvent coutume de laisser des petits mots aux enfants après avoir pris leurs dents... Pourquoi ne ferions-nous pas de même ?😊


J'ai eu ce matin-là la confirmation d'une chose que je savais depuis longtemps : répondre en toute honnêteté aux réponses de nos enfants n'empêche pas la féérie. Car ce fut un matin 100% magique. Antonin peut grandir en toute quiétude : nous ne lui mentirons jamais, nous répondrons toujours à ses questions (même indirectes) mais nous lui laisserons aussi la liberté de rêver. Et à chaque dent qui tombera, quel que soit son âge, il sera sûr de trouver un petit quelque chose sous son oreiller. 😊


"Comment as-tu fait ? me demanda, plein de malice, Antonin quelques heures plus tard. Pour glisser tout ça sous mon oreiller sans que je me réveille ?

- Ah, ne m'en parle pas ! Quelle frayeur ! Je n'avais jamais fait cela de ma vie, le sais-tu ? C'était une première pour moi aussi ! À un moment, tu as bougé, et j'ai transpiré, oh ! Je ne voulais pas  te réveiller, j'avais l'impression de faire autant de bruit de cent hippopotames !!".

Nous nous sourions.

Dans les yeux de mon fils, je lis un nouveau défi : "À ma prochaine dent, je ne dormirai pas, et je te surprendrai ! Et ça ne sera pas bien grave !"

Et mes yeux à moi répondent :

"Rien à faire : tu dormiras et je m'engage à ce que tu aies la surprise le lendemain... Encore que le contraire ne serait pas dramatique... N'est-ce pas ?"

N'est-ce pas ? 😉

40 commentaires:

  1. Juste magnifique ce récit 😍 nous sommes dans la même disposition merci

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  2. Maman bidouille30 mars 2017 à 08:40

    Merci pour ce très bel article et le partage.... Ceux sont des sujets qui nous questionne beaucoup du coup c'est super de pouvoir lire des expériences Côme celle là

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  3. Ton récit est très​ émouvant, et pour moi très inspirant, comme toujours :-) merci

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  4. J'attendais cet article avec impatience et il est à la hauteur de mes attentes :-) Merci pour ce beau récit et ce généreux partage.

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  5. Très beau à lire, même si ici la petite souris passera, tes idées sont très chouettes .

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  6. Quel beau récit, plein de douceur! Moi, je dois dire que mes "familiens" gobent avec bonheur toutes ces histoires, petite souris, lapin de Pâques, etc. et font très bien semblant d'y croire! A celui de 8 ans qui vient de perdre une dent j'ai raconté celle de la petite souris espagnole, le Raton Perez…
    https://situveuxjouer.com/2017/03/03/petite-souris-des-dents-de-lait-croyons-y-fort/

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  7. A 100% d'accord avec toi sauf que mes filles ne m'ont jamais vraiment pardonné de ne pas avoir joué le jeu de tout le monde. J'ai été la méchante maman qui tuait le mythe instauré par l'école. Mon petit dernier jamais scolarisé s'est aussi accroché à ce mythe. A la maison une vraie guerre de position entre mon petit pro père noël et sa soeur aînée, anti père noël depuis, a eu lieu cette année. Je t'avoue bien sincèrement que cette histoire de père noël a pris chez moi une ampleur considérable dont je me serais bien passé. Pour tout dire cela a tellement retourné mes gamins que lors d'une activité éducation civique où ils devaient rédiger leurs 10 propositions en tant que candidat à la présidence ils ont tous mis «j'interdirai qu'on fasse croire au père noël»

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  8. Je sais déjà que je ferais pareil avec ma fille. Enfin, pareil en différent bien sûr.
    Elle sait que LE Père Noël est une histoire. Elle sait aussi que les gens sont déguisés en Père Noël tout comme elle en tigre (son cadeau de carnaval et qu'elle adore), et que si elle se prend pour un tigre (mais gentil), eux se prennent pour un Père Noël (mais méchant ? sais pas, mais terrifiant c'est sûr).
    Alors, le temps de la première dent qui tombe est encore loin (encore une fois sa vie déjà parcourue, autant dire une éternité), et ce sera une histoire comme une autre.
    Ici, l'histoire de Pâques, c'est le lapin (lièvre même), tradition alsacienne oblige, mais ce sera une histoire de plus, rien d'autre, même si les œufs apparaitront comme par magie dans le salon durant la sieste (s'il y en a une et que chien et chat ne mangent pas tout avant elle). Nous fabriquerons un panier de Pâques pour les recueillir ensemble et nous décorerons notre maisonnée ensemble aussi :) Comme pour les autres fêtes.

    Je fais comme toi, je cumule les babioles pour offrir à des occasions spéciales :) Même si j'en cumule peut-être un poil trop ^^ J'ai déjà son cadeau d'anniversaire de ans (en mai) mais aussi son prochain Noel et son cadeau de 4ans ^^

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  9. Merci pour ce partage très intéressant, et qui donne à réfléchir! Je pencherais pour ma part pour une attitude peut-être plus intermédiaire, qui évite toute manipulation de la confiance des enfants, mais, si possible (car les cours de récrés font l'essentiel du travail en effet !) ne place pas tout de suite le doute au coeur du ressenti. Je ne suis pas certaine en effet que la "féerie" soit exactement de même nature si l'enfant pense que maman ou la souris place le petit cadeau, et je crois aussi qu'une certaine forme de "mythe" (je ne sais pas si le terme est approprié) est plus constructeur (de liens) que destructeur (de confiance). Mais c'est une question assurément très riche, qui remue tellement de choses en chacun de nous que nous ne pouvons que l'aborder avec toute notre histoire. De mon côté, je crois que je suis heureuse d'avoir cru au Père Noël, d'avoir partagé ce rêve avec des millions d'enfants, et avec les enfants de mon entourage ; ce sont ces liens-là (et pas le lien avec les parents, il est vrai), que ce mythe a nourri pour moi. Mais je vais continuer à réfléchir à cette question grâce à toi, merci beaucoup !

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  10. J'adore!! ca me rappelle la première dents d'Anjali…
    Je me retrouve dans la fin de ton article avec cette peur de me faire prendre!
    Anjali, elle, a voulu mettre sa dent dans son "cabinet des curiosités"! oh elle a même dit:" comme ça je pourrait la remettre sous l'oreiller pour jouer à la petite souris! Juste pour le fun de voir si elle serait là le matin! oh funny …

    Quand au moment où elle l'a perdue, c'est simple, elle l'a perdue à l'école et on l'a retrouvée 2 jours plus tard accrochée à son pyjama! AH!AH!AH!

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  11. Très joliment écrit et très éclairant comme toujours. Sans dire texto "le père Noël n'existe pas", je ne cache pas les préparatifs (recherche de cadeaux, empaquetage...), et j'utilise pas mal le concept du "Et toi qu'est-ce que tu en penses ?" qui permet de laisser l'enfant décider s'il a envie de croire ou pas... La petite souris, pas encore d'actualité ici mais ça viendra vite !

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    1. J'ai essayé une fois le "Qu'est-ce que tu en penses ?" mais en fait, ça a agacé Antonin : "Mais je te demande pas ce que j'en pense, mais ce que tu en penses, TOI !". Quand il demande une réponse, je crois qu'il a besoin que je la lui donne. Nous verrons si Louiselle aura la même attitude... :-)

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    2. Tu peux nuancer la question en répondant quelque chose dans le genre : certains croient qu'il existe et d'autre non, et toi ?
      Ici je n'ai pas (encore) le soucis.

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  12. Merci pour cet article. J'ai tout à fait la même approche, mais ce n'est pas forcément toujours évident de se faire comprendre par rapport à l'entourage, proche ou plus lointain. De voir les choses posées par écrit est très réconfortant. Ma fille de 4 ans et demi est dans une école catalane et ils n'ont pas les mêmes traditions. C'est très bien, pas de père noël. Malgré tout elle connaît et me raconte très bien son histoire. Elle est très sceptique et fait tout un tas de constats comme "lui c'est pas UN vrai, il a une fausse barbe" Avec ce "un" aussi, sorti spontanément comme s'il y en avait de fait, plusieurs. Par contre elle ne m'a effectivement jamais posé la question de front. C'est comme si elle savait, mais voulait encore profiter de cette croyance. Contrairement aux cloches, qu'elle doit prendre avec moins d'importance et pour lesquelles elle m'a demandé directement. Tout cela pour dire, que si on est à leur écoute il me semble tout à fait possible de ne pas mentir, sans enlever la fameuse magie. Ce sont eux qui choisissent ce qu'ils sont prêts à entendre !

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    1. Oui, c'est drôle, tous les mythes n'ont pas la même importance pour tous les enfants... Ici, les cloches sont visiblement chargées de beaucoup d'affectivité (il faut dire qu'elles apportent des sucreries, chose que Papa et Maman ne font jamais, hélas !!)
      Mes enfants attendent Pâques avec une impatience presque égale à Noël... peut-être égale, en fait ! :-D

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  13. C'est très joli et féerique.
    Marie-Hélène T.

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  14. Je trouve extraordinaire la manière dont ca peut se passer ailleurs que chez moi : on a tous notre propre façon de voir les choses. Mes garçons ne me demandent jamais si le père Noël, la petite souris, ni meme Superman, Zorro ou Caroline et ses amis (mais si Youpi, Pouf....) existent pour de vrai. On ne les voit jamais "pour de vrai", et si ils existent tant mieux, sinon on les fait exister dans les jeux...et les cadeaux. Je crois que si un jour ils me demandent, mais rien n'est moins sur, mon avis ne compte pas tellement en la matière, c'est qu'ils seront prêt à passer à autre chose. Alors à ce moment là à moi d'entre prête à les laisser grandir et à leur expliquer ou à leur chuchoter " bien sûr c'est les adultes qui offrent les cadeaux mais chut, ne dis rien aux petits qui ne se posent pas encore la question". En tout cas c'est tjs intéressant de se questionner par rapport à ses pratiques familiales : difficiles de les changer mais on peut essayer de les faire évoluer pour qu'elles collent plus à ce que l'on veut transmettre.

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    1. Oui, voilà : je crois aussi aussi que lorsque la question est posée, c'est que l'nefant est prêt à entendre la réponse. uoi on croit, on ne questionne pas, on croit et puis c'est tout. :-)

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  15. Ah, ces dents, toute une histoire !!! :D
    Chez nous, ça a été vite vu : mes filles sont dans la même chambre, et ma 2è était terrorisée à l'idée qu'une souris grimpe dans son lit pour accéder à l'oreiller de ma grande (leurs lits sont à la perpendiculaire). C'est qu'ils s'en racontent, sous le préau...
    Et ma grande de lui répondre : "Non mais n'importe quoi : les souris ça mange du fromage, pas des dents, et pas non plus des humaines ! La petite souris, c'est maman. Comme le Père Noël. Tu sais maman, il faut que tu gardes des sous de côté pour mes dents : les petites c'est 1€, et les grosses 2€. J'ai oublié de te demander une tirelire à Noël... Attends, je vais chercher une boite à sous ! Tu me rendras ma dent, quand même ? Je la mettrais dans la boite à sous !"

    La deuxième dent a été avalée. Et oui, parfaitement, gobée, avec un morceau de pomme !!! :D
    Une autre a été confondue avec la fève de la galette des rois : "J'ai la fève ! Oh, elle est bizarre, elle ressemble à une dent..." - énorme fou-rire de toute la famille, qui méritait bien une couronne ! :D
    Bref, à chaque fois, c'est une expédition.
    Et maintenant, ma fille va me piquer la pièce directement dans le porte-monnaie... oO
    Et elle compte et re-compte les dents, et les pièces (une de plus : je ne suis pas allée cherchée celle qui a fini dans les toilettes !!!)

    Et la féérie, me direz-vous ? Mais elle est partout !!! Et pas seulement dans la vie des enfants.
    Voir les tulipes éclore au jardin en ce moment, c'est absolument féérique ! (surtout quand je raconte la vie des fées qui vivent dedans...). Et les formes dans les nuages, et les feuilles, et les cailloux, et les petites bêtes... Et toutes les histoires qu'elles inventent ou que je leur raconte, et tous les albums qu'elles feuillettent, et les contes que je leur lis...
    La féérie, c'est la vie : réelle ET imaginaire, qui activent les mêmes zones dans le cerveau... sans avoir besoin de mentir ! ;)

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  16. Merci pour ce beau récit qui colle à mes idées d'éducation et de valeurs. Au moment de Noël, en discutant du fait que je ne souhaitais pas faire croire à notre fils au père-noël, une personne m'a répondu que "ça lui enlevait la magie de Noël". Et ça m'a frappé, comme si le personnage créait à lui seul la "magie"; au contraire, mon fils a été tétanisé lors d'une rencontre avec un père-noël. Par contre, j'ai vu de la joie dans ses yeux lors de notre rituel d'allumer et d'éteindre une bougie presque chaque soir d'hiver, de marcher dans la neige, taper avec un bâton sur la glace, ... bref, votre phrase : "répondre en toute honnêteté aux réponses de nos enfants n'empêche pas la féérie" m'a rappelé cet épisode.
    PS : avant qu'Adam naisse, on nous a offert la même petite boîte à dents de lait, Made in Jura :)

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    1. Elle est chouette, cette boite ! ;-)
      Et oui, une des définition de féerie, c'est "spectacle d'une merveilleuse beauté". Ce qui ne s'applique pas trop au Père Noël (il me semble), mais très bien au feu, à la neige, à la glace... :-)

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  17. Très joli récit, en effet. Je n'ai toutefois pas saisi l'intérêt de garder la forme (= le cadeau nocturne) en enlevant le fond (= le mythe, le passage rituel). Car de toute évidence, Antonin sait que la petite souris n'existe pas.
    Donc ? Il s'agit d'une fête purement matérialiste ? Intéressant d'ailleurs de voir que la pièce symbolique est remplacée par plusieurs vrais cadeaux.
    Encore plus intéressant, et ironique, que les cadeaux soient des livres de MYTHES et de CONTES :-D
    À défaut de VIVRE les mythes, on les CONSOMME. Ah! Matérialisme de notre époque...

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    1. Bonjour, Anonyme !

      Alors, pour moi, le livre n'est PAS DU TOUT matérialiste. Comme les phénoménologues, j'y vois "un objet investi d'esprit". Il est clair pour moi qu'Antonin n'a trouvé sous son oreiller QUE du SYMBOLIQUE (pièce de monnaie incluse).

      (D'ailleurs, je n'ai pas compris cette idée de consommer les mythes, parce qu'on les lisait ? Très étrange.)

      Justement, l'accent est mis chez nous sur le passage rituel, mais qu'il s'agit de réinventer (cf. mon article : http://mercimontessori.blogspot.fr/2014/03/de-nouvelles-traditions.html).

      Sinon, j'assume tout à fait le fait d'offrir des cadeaux à mes enfants à des occasions variées : j'ai décidé que je ne leur offrait RIEN sans circonstance spéciale, et j'ai conscience du vœu que j'ai fait... C'est ma plus grande résolution sur le chemin du minimalisme !! :-)
      Je n'achète rien sans des mois de réflexion, et encore je garde tout caché dans mon armoire, en attendant une occasion ! :-D
      Par contre, je multiplie les occasions... ;-)
      On adore faire la fête, et je prends exemple sur les Romains (qui ne connaissaient pas notre week-end moderne, mais multipliaient les prétextes de festivité, soit un jour férié sur trois environ !). <3

      P.S. Je termine par une remarque désagréable - une fois n'est pas coutume, et vous allez prendre, Mister A. pour tous les Misters A. de l'histoire de ce blog. :-)

      Car je déplore que 99% des commentaires "négatifs" ne soient pas signés... Avoir le courage de son opinion, c'est la condition de son intégrité... Ne pas dire son nom, c'est dénigrer l'énergie que je déploie ici, et dont, il me semble, vous êtes, en quelque sorte, bénéficiaire. Merci de m'avoir lue.

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  18. Article et échanges très intéressants, merci beaucoup à tous ! Il est difficile (pour moi aussi!) d'accepter, en tant que parent, de ne pas être toujours au coeur de la transmission: la communauté aussi transmet, et parfois selon des modalités qui nous échappent et nous déplaisent - mais au fond, n'est-ce pas échapper au fantasme de toute-puissance qui guette tous les parents ?
    Je suis frappée par ailleurs par la façon dont la "féerie" semble pour certains se ramener à un plaisir, une joie. N'est-ce pas tout de même autre chose? Pour moi, les deux ont leur place dans la vie des êtres humains (et pas seulement des enfants !), mais ne se confondent pas. Et effectivement, le mythe ne fait pas que se raconter, il se vit, pas à la lettre bien sûr, mais avec ses ambivalences, son rapport problématique à la vérité (d'ailleurs, sommes-nous si certains, nous adultes, de notre beau partage vérité / fiction ?)... Pour moi, cela fait tout simplement partie de l'expérience des communautés humaines.

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    1. Merci pour ce commentaire... J'adhère aux deux idées : abandonner le fantasme de toute-puissance parentale, et réfléchir à l'imbrication du monde réel/monde féerique (notre monde n'est-il pas le summum du merveilleux, dans tous les sens du terme ?). :-)

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  19. Heureuse de savoir que 10 pages minimum de votre prochain livre ont été écrites !
    Merci pour cet article si bien écrit. Comme d'habitude vous me permettez de prendre un temps de réflexion sur mes pratiques. J'adore les questionnements que vous provoquez en moi...
    Sincèrement merci
    Ludivine

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  20. Merci pour le partage de ce joli moment. Vous montrez ainsi combien magie et vérité sont conciliables, le tout baigné dans beaucoup d'amour. Cela m'inspirera avec mes enfants, quand le moment sera venu de la perte des premières dents !
    Merci encore,
    Althéa

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  21. Bonjour Elsa, je suis une lectrice sur le tard de ton précédent blog et je commence tout juste à explorer celui-ci. Je me suis inspirée de plusieurs de tes activités avec plus ou moins de succès au niveau du resultats, mais qui ont toujours plu aux enfants (3 ans et 1/2 et 1 an et 1/2). Comme tu le dis souvent, pour eux, c'est le processus qui compte plus que le resultats.
    Nous ne sommes pas encore à la période des dents, mais ma fille qui est dans une classe de 2 niveau (petits et grands) nous a dit un jour qu'il faut bien se brosser les dents parce que sinon la petite souris ne sera pas contente de trouver des dents toutes noires. Évidemment j'ai été un peu prise au dépourvu, ca faisait beaucoup de mythes et d'idées reçues dans la même phrase. Je lui ai repondu que la petite souris est une histoire comme celle du père Noël, mais que c'était effectivement très important de se brosser les dents pour éviter qu'elles ne s'abîme. J'ai senti que ma reponse était maladroite car elle a semblé très déçue, mais je n'arrivais pas à savoir ce qui avait cloché. En lisant ton article, je me rends compte qu'en fait elle ne posait pas la question de l'existance de cette souris et que du coup elle n'était peut-être pas prête à entendre cette information...
    Agnès

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  22. Ton article m'a ému aux larmes. Quelle belle déclaration d'amour et de confiance partagée...

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  23. merci pour cet article! Mon fils de 5 ans ( demain !) a déjà perdu 2 dents , nous les avons placé dans une petite boite à dents et avons glissé une pièce sous son oreiller. Hier il a eu très envie de revoir ses dents, de les toucher, de les compter... et nous n'avons pas su quoi faire ! C'est bête! nous allons remédier à ça des demain !
    Encore Merci !

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  24. Merci pour cet article qui tombe à pic! Ma fille, dont la dent bougeait, est revenue de l'école il y a qqs jours en me parlant de la petite souris... Tout comme pour le père noël sur lequel je ne lui cache rien (elle sait que nous lui posons ses cadeaux et nous voit préparer ceux des autres..ce qui n'enlève rien à la "féérie" de noel, liée au plaisir de faire plaisir), je n'avais pas l'intention de lui faire croire à un mensonge...je me suis questionnée sur le sens du rituel... Me voilà un peu plus sûre de mes convictions ;-)

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  25. Vous avez une capacité à marcher sur le fil du rasoir hors du commun ! Bravo!

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