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mercredi 30 novembre 2016

Calendrier de l'Avent... pour les parents !


Petit passage par ici très rapide, pour vous dire... de revenir demain matin. Et les matins suivants, si vous le voulez bien. 😊

Je vous ai concocté un petit calendrier de l'Avent "pour les parents", un calendrier bienveillant dans l'esprit de celui d'il y a deux ans... Vous vous souvenez ? L'aventure avait été belle, je m'étais promis de recommencer.

Alors voilà cette année, je vous propose un petit cheminement pour vivre Noël de l'intérieur. Cette année, c'est un numéro spécial "Reconnexion familiale" : vingt-quatre fenêtres à ouvrir sur soi et sa relation et sa famille, pour ralentir, être attentif à ses propres besoins et à ceux de son entourage... J'espère qu'il vous plaira !

A demain - si vous le voulez bien ! 😁 

mardi 22 novembre 2016

Des nouvelles de Coralie


Ce soir, je voulais vous donner des nouvelles de la petite Coralie, de l’École des amours, notre courageuse petite malade qui se bat contre la leucémie depuis un peu plus d'un an à présent. Vous savez que l'histoire de cette famille du bout du monde me touche particulièrement - cette maman blogueuse fait partie des personnes qui ont éclairé ma voie à mes débuts pédagogiques, et... oh, my ! Sa cadette a l'âge de mon fils, que voulez-vous... Ça ne fait tout de même pas bien lourd en années de vie pour vivre une épreuve aussi radicale... 😟

Fidèle à elle-même, la famille de Sicosico garde le moral - et son sens de l'humour. Mais le vent du malheur ne semble pas vouloir tourner et je suis très inquiète pour eux tous, je dois l'admettre.

Les coûts relatifs au traitement de Coralie s’alourdissent de jour en jour - aujourd'hui, ils sont devenus gargantuesques... Coralie vit au Canada et ne bénéficie pas d'une prise en charge "à la française". La famille s'enlise dans le crédit et l'endettement pour acheter les médicaments nécessaires à l'enfant...


C'est le Papa de Coralie qui s'occupe des finances, et Sicosico y regarde rarement, préférant se concentrer sur leurs filles, leurs épreuves et leurs apprentissages (cette famille est en IEF, instruction en famille). Son conjoint ne parle jamais d'argent, mais accepte depuis plusieurs mois des charges de travail supplémentaires, dans une autre ville. Bilan : deux heures de route pour aller enseigner la philosophie deux fois par semaine s'ajoutent à sa grosse session d'enseignement à Charlevoix. Le mercredi, il enseigne pendant 7 heures de temps, et passe plusieurs heures dans sa voiture. Je n'ose évoquer le surplus de travail en terme de préparations et de corrections...

Voilà : le coût de la maladie est devenu trop lourd. Le soir, lorsque ses filles s'endorment, le poids immense de tous ces cauchemars fond sur leur Maman. Elle n'en peut plus ! Portée pendant la journée par la belle énergie de ses filles, elle a conscience de posséder la plus belle des richesses. Mais l'argent est un problème concret et insoluble... qui a des répercussions certaines dans ce contexte physiologiquement et psychologiquement difficile - pour ne pas dire : à la limite de l'intenable.

Aux dernières nouvelles, Coralie et sa famille vont devoir déménager à nouveau pour retourner dans leur ancienne région l'été prochain. C'est une grosse déception pour eux tous, qui avaient trouvé un réconfort à vivre ces épreuves dans un cadre naturel splendide. À la tristesse de quitter ce cadre de vie s'ajoute un immense stress financier. La maman est littéralement prise à la gorge, et n'ose demander de l'aide...


Cette famille a une force !! Je prie à ma manière pour que les nuages gris les oublient un peu ! Si seulement leurs ennuis financiers - bêtes ennuis financiers !!! - pouvaient au moins s'amoindrir pour laisser plus de place à l'essentiel : ces parents ont besoin se recentrer sur leurs enfants, et de soutenir Coralie dans son combat, pas de s'arracher les cheveux en essayant de boucler leur budget hebdomadaire...

Alors je sais que je l'ai déjà fait, mais je réitère : je lance ce soir un appel aux dons pour cette famille. S'il vous plaît, pensez-y vraiment, il n'y a pas de petits dons !

Vous pouvez donner très simplement via le pot commun : https://www.lepotcommun.fr/pot/9tn7di0v
ou via le compte Paypal de Sicosico : sicosico79@gmail.com


Si les blogueuses d'entre vous pouvaient relayer mon message sur leurs blogs, je leur en serai, personnellement, infiniment reconnaissante.

Par avance, de tout cœur, pour eux et pour moi-même,
 MERCI !

dimanche 20 novembre 2016

Poèmes d'automne

Qu'est-ce qui se joue entre la poésie et nous ?

Il faut bien avouer que nous ne sommes pas nombreux, je crois, à avoir sur notre table de chevet une anthologie poétique que nous ouvrons en guise de lecture du soir... 😉 Et pourtant... la poésie reste la poésie, n'est-ce pas ? Auréolée d'un tel prestige qu'on se dit que cela ne doit pas être dû au hasard ou au malentendu... 😉

La poésie, je crois, c'est un espace vaste, généreux, où le verbe est suffisamment large pour que les images mentales et les mots de tout le monde puissent venir s'y nicher comme dans un chez-soi. Un poème est un écrit subtilement incomplet, qui accueille de ce fait un petit morceau de chacun d'entre nous. Ce n'est pas un hasard si le premier rapport à la Culture, dans la plupart des traditions, se fait oralement, sous forme de comptines et de chansonnettes, rythmées, rimées, mimées, balancées. Le bébé entre dans le monde de la Culture par la porte de la Poésie : des mots qui roulent comme des vagues et marquent les mémoires, de génération en génération.

Les enseignants adorent farcir le crâne de leurs élèves avec ces vers à savourer (ou pas). Ils ont d'excellentes raisons théoriques pour agir ainsi. Par exemple, on sait qu'un enfant de 3 ou 4 ans exposé au rythme, aux allitérations et aux rimes développe rapidement des compétences phonologiques - et donc, de lecteur. Vers 6 ans, baigner dans la poésie permet d'exercer la mémoire, de s'enraciner dans une culture littéraire et d'enrichir son lexique et sa syntaxe. Aux alentours de ses 9 ans, l'enfant accède à la dimension morale et historique des œuvres, qui servent alors de piliers pour construire sa personnalité et ancrer son histoire propre, et donnent des outils pour exprimer des émotions complexes avec nuances. Et je ne parle même pas du jeu langagier et du plaisir esthétique, à tout âge - hé, la poésie, c'est avant tout de la musique !

Vous l'avez compris, j'aime beaucoup la poésie, autant d'un point de vue artistique que d'un point de vue pédagogique - et il semblerait que le maître d'Antonin (en CP cette année) partage mon engouement. Encore que nos goûts divergent fréquemment, mais ceci est une autre histoire. 😄

Pour tout vous avouer, quand j'ai compris que mon fils de 5 ans allait devoir ingurgiter une poésie par quinzaine, j'ai un peu râlé. Bon, il faut dire que j'ai un problème avec les devoirs du soir - c'est très simple, c'est au-dessus de mes forces. Quand je rentre du travail, j'ai plusieurs heures de cours dans le dos (mes enfants aussi) et pas mal de devoirs à la maison en perspective, moi aussi. Alors voilà : en rentrant, je balaie tout cela, et je joue avec mes enfants (et je m'occupe du linge, du dîner, du courrier, etc., etc.). Je fais mes devoirs à moi quand les enfants sont couchés, et c'est mon mari, après le dîner, qui prend en charge les devoirs d'Antonin pendant que je m'occupe de sa petite sœur.

En clair : les devoirs d'Antonin, moi, je ne veux même pas en entendre parler.

Mais les poèmes de sa classe me rattrapent. Ces poèmes qu'Antonin apprend, son papa les apprend aussi. Ils les récitent parfois tous les deux dans des joutes impromptues - pendant le petit déjeuner, en promenade... Les poèmes appris servent d'unités de temps : "Bon, négocie Antonin, tu me masses le dos pendant tout le temps que je récite ma poésie, d'accord ?". Les poèmes de sa classe sont détournés, réécris à notre sauce familiale - il faut dire que certains d'entre eux sont relativement stupides... 😁

Bref, je me suis aperçue que je les savais, moi aussi. Et Louiselle, itou.

Et puisque décidément ce n'est que du bonheur, j'ai voulu partager ici ma petite sélection de cet automne : elle s'adresse en premier lieu à mes élèves (petite et moyenne sections), mais mes enfants les apprennent en même temps qu'eux et moi... Je crois décidément que plus nous sommes nombreux à apprendre quelque chose, plus l'exercice est ludique et aisé ! Comme si nos forces se conjuguaient...

J'espère que cette courte sélection vous plaira, la bibliographie se trouve en fin d'article !

Thierry Cazals


Comptine


Maurice Carême


Comptine

Bibliographie :

- Le petit cul tout blanc du lièvre, Thierry Cazals, Zaü, Motus.
- Poèmes à dire et à manger, Elisabeth Brami, Emmanuelle Houdart, Seuil Jeunesse.
- Les 25 chats de Maurice Carême, L’École des Loisirs.
- Am Stram Gram, Lucy Cousins et Lillo Canta, Mango.

Je reviendrais bientôt vous parler poésie - c'est un sujet qui m'occupe grandement en ce moment.

D'ici-là, avez-vous des poèmes chouchous adaptés aux 3 - 5 ans ? 😊

mercredi 16 novembre 2016

Histoires de coeur


Les adeptes de la communication non violente le savent : le "vivre ensemble" est grandement affecté par la manière dont nous nous parlons les uns les autres. Comme si les émotions des uns avaient le pouvoir d'influer sur celles des autres... En classe comme à la maison, l'éducateur constate tous les jours le lien substantiel entre la sécurité émotionnelle de l'apprenant et sa capacité à s'investir dans les apprentissages...

Les psychologues rabâchent depuis plusieurs décénnies qu'il faudrait enseigner la communication des sentiments à l'école. Plus facile à dire qu'à faire, et voilà quelques années déjà que je tâtonne dans cette voie. Et puis, je suis tombée sur cette séquence - en anglais - que je souhaite partager aujourd'hui avec vous : fluide, lumineuse et efficace, toute cousue de bienveillance et de sens de la justice, absolument compréhensible dès le plus jeune âge... J'ai su qu'elle allait faire beaucoup pour nous. Cela s'est vérifié immédiatement, et si j'en crois le bon moment que nous avons passé, ses bienfaits n'ont pas fini de se faire sentir !! 😊

Au préalable : 

Abordez le sujet avec votre enfant : verbalisez le fait que certaines paroles ont un impact sur les autres, qu'elles peuvent blesser ou, au contraire, faire beaucoup de bien. "Connais-tu des paroles qui font du bien ? Connais-tu des paroles qui font du mal ?". Les réponses de votre enfant sont un indicateur précieux : s'il n'est pas en mesure de vous répondre, c'est que la séance doit être remise à plus tard. Patience ! 😏

Expliquez que les paroles qui font du mal sont un jugement négatif sur une personne, et qu'elles ne sont pas les bienvenues dans une famille - ou dans une classe. On peut aussi, à ce stade, dresser une liste de toutes les paroles positives qui passent par l'esprit des enfants et enrichir cette liste au fil du temps.

Une histoire qui déchire :

Dessinez deux cœurs dans du papier Canson, et scotchez l'un d'eux sur votre poitrine. Contez alors une histoire similaire à celle qui suit - adaptez son contenu à votre sensibilité, à l'âge et au vécu de vos enfants. Chaque fois que le protagoniste de votre petite histoire reçoit une parole blessante, lancez un petit signal : par exemple, mimez une blessure en crispant vos main et en imitant le bruit d'une déchirure. Les enfants, chacun à leur tour, viendront alors déchirer un morceau du cœur en papier scotché sur votre pull, et le laisseront tomber sur le sol.

À la fin de l'histoire, le cœur est en morceaux...


"Amélie n'avait pas bien dormi, cette nuit-là. Quand son père vint la réveiller, elle eût beaucoup de mal à se lever. Son père la secoua une fois, deux fois, puis se mit à crier : "Debout, paresseuse !". 
💔
Amélie se leva, et choisit ses vêtements pour la journée. Elle choisit une robe qu'elle trouvait jolie, mais en sortant de sa chambre, elle croisa sa sœur qui se mit à rire :  "Qu'est-ce que tu es moche là-dedans, cette robe est ridicule !", s'exclama-t-elle.
💔
Amélie changea de vêtement, puis se rendit ensuite à la cuisine pour y prendre son petit déjeuner. Son frère venait juste de finir le paquet de céréales, il ne lui avait rien laissé. "Voilà ce qui se passe quand on dort trop longtemps", ricana-t-il.

💔
Amélie prit son cartable et sortit pour se rendre à l'école. Comme elle était en retard, elle décida de prendre un raccourci. Alors qu'elle traversait un quartier inconnu, un jeune garçon l'interpella : "Qu'est-ce que tu fais dans ma rue ? Je n'aime pas les filles dans ton genre, file de là !".
💔
"Tu es en retard", dit le maître lorsqu'elle entra dans la classe. "Tu seras punie."
💔
À la cantine, Amélie voulut s'asseoir à côté d'autres filles, mais celles-ci lui dirent : "Non, cette place n'est pas pour toi, va t'asseoir à une autre table."
💔
Dans l'après-midi, le maître demanda à Amélie de réciter sa poésie. Alors qu'elle hésitait sur un vers, un de ses camarades se mit à rire et à se moquer d'elle.
💔
Après l'école, sur le chemin du retour, Amélie courut et trébucha contre un trottoir. Elle troua son pantalon. Quand sa mère la vit rentrer, c'est la première chose qu'elle remarqua : "A cause de toi, ce pantalon est bon à jeter ! Quand est-ce que tu feras attention à tes affaires ?"

💔
Pendant qu'Amélie faisait ses devoirs, son grand frère vint jeter un œil par dessus son épaule : "Pff, tu es nulle, ton écriture est trop moche, moi j'écris beaucoup que toi, c'est sûr !".
💔
Au dîner,  il y avait une soupe qu'Amélie n'aimait pas, et son père se mit en colère : "Tu es insupportable ! Tu ne manges jamais rien, tu fais tout pour nous contrarier !"
💔
Au moment de se coucher, sa mère vint la border, et se mit à ressasser tous les évènements désagréables de cette journée. Elle embrassa sa fille en concluant : "J'espère que tu seras plus sage demain !!"  
💔

Vous constaterez certainement beaucoup de plaisir chez les jeunes auditeurs pendant votre récit : l'exercice est littéralement cathartique. Il leur permet de revivre "pour de faux" des situations analogues. La distanciation est effective : toutes ces mésaventures ne leur arrivent pas à eux, mais à un autre enfant, dont vous aurez pris soin que le prénom n'évoque personne de votre connaissance. De plus l'aspect redondant et caricatural du récit ne leur échappe pas, et se dote d'un certain comique de répétition.

Après l'histoire, engagez la discussion : "Comment se sent Amélie tout au long de cette journée ? As-tu déjà eu une journée comme celle-ci ?". Vous constatez la profondeur du sentiment de compassion des enfants derrière leurs sourires - et peut-être même sont-ce ces sourires, cette légèreté et ce plaisir, qui autorisent une compassion de cette qualité...

Une histoire qui comble :

Scotchez à présent le deuxième cœur sur votre poitrine, et racontez une histoire similaire, dans laquelle Amélie, cette fois, reçoit des paroles encourageantes tout au long de sa journée. Pour chaque bienveillance reçue, vous lancerez un petit signal (soupirez d'aise en ouvrant les mains par exemple) et les enfants, à tour de rôle, colleront une gommette colorée sur le cœur en papier.


"Amélie n'avait pas bien dormi, cette nuit-là. Quand son père vint la réveiller, elle eût beaucoup de mal à se lever. Son père la câlina doucement et lui dit : "Je sais que tu es très fatiguée et que c'est très difficile, ce matin. Courage, je sais que tu vas y arriver !"  
💖
Amélie se leva, et choisit ses vêtements pour la journée. Elle choisit une robe qu'elle trouvait jolie. En sortant de sa chambre, elle croisa sa sœur qui lui sourit :  "Qu'est-ce que tu es jolie là-dedans, ces couleurs te vont très bien !", s'exclama-t-elle.
💖
Amélie se rendit ensuite à la cuisine pour y prendre son petit déjeuner. Son frère mangeait justement ses céréales :  "Il n'y en a plus beaucoup, mais je t'en ai gardé un peu... Je sais que tu as très faim le matin, alors on partage ?

💖
Amélie prit son cartable et sortit pour se rendre à l'école. Comme elle était en retard, elle décida de prendre un raccourci. Alors qu'elle traversait un quartier inconnu, un jeune garçon l'interpella : "Je ne t'ai jamais vue par ici, tu t'es perdue ? Veux-tu que je t'indique ton chemin ?".
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"Tu es en retard", dit le maître lorsqu'elle entra dans la classe. "J'espère qu'il ne s'est rien passé de grave ? Est-ce que tu vas bien ?"
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À la cantine, Amélie voulut s'asseoir à côté d'autres filles : "Attends, nous allons nous déplacer un peu pour que tout le monde puisse s'asseoir. Est-ce que tu n'es pas trop serrée ?"
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Dans l'après-midi, le maître demanda à Amélie de réciter sa poésie. Alors qu'elle hésitait sur un vers, un de ses camarades tenta de lui souffler discrètement pour l'aider.
💖
Après l'école, sur le chemin du retour, Amélie courut et trébucha contre un trottoir. Elle troua son pantalon. Quand sa mère la vit rentrer, c'est la première chose qu'elle remarqua : "Saignes-tu ? Viens vite, nous allons soigner cela, tu dois avoir mal."

💖
Pendant qu'Amélie faisait ses devoirs, son grand frère vint jeter un œil par dessus son épaule : "Oh, tu as fait des progrès, on voit que tu t'appliques."
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Au dîner,  il y avait une soupe qu'Amélie n'aimait pas, et son père lui dit : "Je suis ennuyé que tu ailles te coucher l'estomac vide, d'autant que je me suis donné beaucoup de mal pour faire à manger ce soir. Mais je sais que tu ne dis pas ça pour m'embêter."
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Au moment de se coucher, sa mère vint la border, et embrassa sa fille en concluant : "Je te souhaite de beaux rêves ! Repose-toi bien, je t'aime très fort !!" 
💖

Bien sûr, ce coeur qui s'orne au fur et à mesure de l'histoire est un symbole fort- ici, les enfants ont voulu l'exhiber sur nos murs après la séance. Prenez le temps d'un petit retour ("Comment Amélie se sent-elle dans cette histoire ?  Que penses-tu de cette histoire ?") et vous constaterez certainement que la prise de conscience est double chez l'enfant : il s'agit à la fois de réaliser le pouvoir de ses propres mots (Je peux faire beaucoup de bien, et c'est assez facile !) mais aussi de prendre la mesure du bienfait que certaines paroles procurent - et parfois, des petites paroles tout bêtes auxquelles on n'a jamais fait vraiment attention... 


À vrai dire, il y a une troisième prise de conscience : c'est celle de l'éducateur... que cette séance encourage directement à la bienveillance ! 😊

Faites-moi un petit retour si vous la tentez !  😊

mercredi 9 novembre 2016

Nos mercredis Montessori : Bouquet d'automne

"On peut presque dire qu'il y a une relation mathématique entre la beauté de l'environnement et l'activité de l'enfant,
 qui s'investira plus volontiers dans un cadre agréable.
Maria Montessori, L'enfant dans la famille.


Rien de nouveau depuis trois ans : nous aimons toujours les bouquets. Surtout s'ils sont réalisés maison, avec les fleurs de notre jardin. Bien que pour tout avouer, ces réalisations soient rares : ici, c'est encore au jardin, sur l'arbre, que les fleurs sont les plus appréciées. Il faut vraiment qu'une espèce pousse en surabondance pour que nous en prélevions un peu pour l'intérieur... Mais cette semaine, les gelées d'automne descendent sur notre coteau. Plus de scrupule ! Puisque de toute façon, tout sera mort dans quelques jours, cueillons, cueillons ! 😊


La pédagogie Montessori a codifiée cet art ancestral et propose des plateaux très formels, mais libre à chacun, bien sûr, de composer sa propre invitation avec ce dont il dispose, et l'esprit qu'il a envie d'y insuffler. L'art floral est poésie avant tout !


Matériel  :

- Des fleurs ! Mais aussi des graminées, des feuillages décoratifs... L'idéal est de pouvoir laisser l'enfant les choisir et les récolter lui-même au jardin, mais on peut aussi se fournir chez le fleuriste ou au marché du coin. Dans ce cas, privilégiez les plantes aux tiges fines et souples, qui pourront être sectionnées sans problème par l'enfant. Disposez-les dans une corbeille si leurs dimensions s'y prêtent.
- Un pichet d'eau, au poids et à la taille adaptés à la force de l'enfant.
- Un ou plusieurs vase(s).
- Un entonnoir.
- Une éponge.
- Un petit torchon.
- Une paire de ciseaux ou un sécateur, selon la dureté des tiges et l'âge de l'enfant.
- Un bol, une assiette creuse, une cuvette - ou simplement une feuille de papier journal. On y place les chutes inutilisées, on replie et hop ! Au compost !
- Un grand plateau pour disposer tout cela si on le souhaite.
- Un tablier imperméable éventuellement.
- Un napperon pour placer sous le vase une fois le bouquet terminé - oui, c'est kitch, mais je suis prête à parier que votre enfant adorera... Et puis, cela permet de protéger les surface des meubles cirés d'éventuelles traces de fonds de verre humides...


Bien sûr, on laisse l'enfant mener la tâche à sa guise et en toute autonomie, même s'il est évident pour nous que la branche qu'il a sélectionnée sera trop lourde pour le vase et fera tout chuter. L'enfant coupe, rabote (parfois trop), agence (avec un sens de l'harmonie très personnel), et se charge d'éponger les débordements (il y en aura).
 

L'activité peut s'inscrire dans un cadre plus large : certaines fleurs seront semées par les enfants eux-mêmes au printemps précédent. Tout au long de l'été, ils les soigneront, observeront leur croissance et leur floraison jusqu'à la récolte. Ce peut être dans l'optique d'offrir le bouquet à quelqu'un qu'on aime, ou de décorer la table pour un jour spécial. On peut aussi conserver quelques spécimens pour une dissection scientifique...


Mais le plus grand plaisir est d'ordre sensoriel : sélectionner différentes couleurs, longueurs et textures ; couper, mesurer, estimer et verser ; participer à la beauté de son environnement et au bien-être de son entourage en disposant fièrement les bouquets sur une table de chevet...

Verser

Attention, l'enthousiasme est garanti ! Ici, mes enfants adorent enchaîner les diverses opérations : remplir les vases à l'aide du pichet et de l'entonnoir, mesurer les tiges contre le vase pour prendre un repère, couper au niveau du bord, placer chaque tige dans le vase, nettoyer puis choisir l'emplacement pour sa composition.

Mesurer

Ce que je préfère, dans la méthode Montessori, ce n'est pas sa progressivité impeccable ni le soin qu'elle met à analyser chaque geste et chaque acquisition. C'est cette compréhension profonde de chaque étape du développement de l'enfant, cette mise à l'honneur de l'erreur et la corrélation profonde entre la construction des savoirs, l'acquisition des savoir-faire et le développement de la personnalité. J'apprends tellement à observer mes enfants par cette fenêtre-là ! 😊


mercredi 2 novembre 2016

Fêter Halloween


La première fois qu'Halloween fit irruption dans notre vie de famille, c'était en 2013. Antonin avait 2 ans et 10 mois, et sa maîtresse avait décidé de travailler sur ce thème au mois d'octobre. 


A vrai dire, je fut assez mécontente - voire mal à l'aise. Le Damoiseau passa un mois à écouter des histoires de fantômes, à coller des gommettes en formes de citrouilles et à décorer des sorcières. Il n'avait jamais entendu parler de ces objets étranges auparavant - et n'en avait rien compris à la fin de la séquence, d'ailleurs. Je cherchais sincèrement à injecter du sens dans tous cela, mais cette année-là, je n'y parvins pas. Comment parler d'Halloween à un tout-petit qui est en train, justement, de construire la distinction entre le réel de l'imaginaire ? C'est non seulement impossible, mais aussi inutile et alambiqué. Je renonçais.


Un an plus tard, cependant, j'avais trouvé mon angle d'attaque. Parmi tous les symboles d'Halloween, il y a en un qui est solide. Réel, tangible. Et même assez lourd. Coloré et comestible. Vous y êtes ? 😉


"Halloween" fut donc rebaptisé chez nous, deux années consécutives : "La fête de la citrouille". Nous avons bâti un petit rituel familial, de manière à préserver l'excitation de la fête sans écraser l'imaginaire enfantin en développement. Petit à petit, au fil des ans, les enfants ont intégré les figures folkloriques de la célébration des morts, mais toujours sous un angle rationaliste et dépouillé de toute interprétation effrayante. Ce qui n'est pas toujours facile, d'ailleurs...

Cette année, par exemple, nous avons décidé, grande première !, de faire un dîner d'Halloween et j'avais opté, un peu étourdiment, pour ces adorables momies-saucisses. Lorsque les enfants ont commencé à me demander ce que je faisais, j'ai senti que le sujet était sensible, qu'il pouvait générer des craintes infondées. Et pourtant, il fallait répondre ! En réalité, je crois que la meilleure façon d'éloigner les peurs consiste à doter l'enfant d'outils culturels, symboliques et psychologiques - de manière à ce qu'il puisse adopter la posture personnelle de son choix face à l'objet effrayant. Et pour ce faire, il me semble que le mieux est de répondre la vérité la plus stricte, de faire une réponse la plus scientifique possible, tout en s'efforçant d'ancrer ses dires dans le vécu de l'enfant.


"Dans cette histoire de momie, il y a quelque chose de vrai, et quelque chose qui n'est pas vrai.

Je commence par ce qui est vrai :

Dans l'Antiquité, on n'aimait pas trop l'idée que son corps se décompose après la mort, et qu'il retourne à la terre pour devenir autre chose

Alors, quand on était riche, on décidait de se faire embaumer. C'est-à dire qu'après la mort de la personne, des spécialistes vidaient le corps de tous ses organes et le remplissaient de produits qui sentaient bon et qui le conservaient. Ainsi, le corps restait intact très longtemps, un peu comme les animaux empaillés, vous savez ? C'était important pour les gens d'alors : que le corps reste comme si on était encore vivant.

Après l'embaumement, on enveloppait les corps de bandes de tissu très serrées. Comme ces rubans de pâte à tarte autour de mes saucisses. C'est comme cela qu'on représente les momies généralement : des corps enveloppés de bandes de tissu. Ça, c'est une momie, et ça existe réellement. Des scientifiques aujourd'hui retrouvent ainsi des corps de personnes qui ont vécu il y a très très très longtemps, et c'est incroyable car cela nous apprend plein de choses sur la manière dont ces gens-là vivaient avant.

Mais autour des momies, les gens imaginent parfois une chose qui n'est pas vrai : ils imaginent des momies vivantes. Ce qui n'est pas possible, bien sûr, cela n'existe pas : les momies sont des corps morts. Et comme à Halloween, les gens imaginent des choses autour de la mort, on représente parfois des momies sur les décorations d'Halloween."


Bon, jusqu'à présent, aucune terreur liée aux momies n'est à déplorer. A vrai dire, comme souvent, mes enfants ont écouté mon explication avec attention, puis ont eu l'air de zapper complètement. 

"Oui, d'accord, bon... On peut t'aider à préparer les momies ?"

Vous croyez que je parle trop, parfois ??? 😄


Pour moi, Halloween n'est pas du tout une fête enfantine ; c'est une fête pour adolescents. A l'adolescence, l'intégrité du soi est souvent menacée, et l'angoisse est un trait dominant de la vie affective du jeune qui voit s'opérer de profonds changements en lui-même et dans sa relation au monde. Jouer avec ses démons est alors salutaire, quand c'est pour de faux. Et puisque c'est pour de faux, on affuble la cérémonie de certains détails enfantins, qui rassurent autant qu'ils amusent. De là à en déduire qu'Halloween est une fête pour enfants...


Fort heureusement, il est très facile de créer une ambiance agréable et poétique autour d'Halloween : dans notre pays, la tradition n'est pas (encore ?) à ce point (ré-) ancrée que les gens se promènent dans la rue avec des maquillages dignes de films d'épouvante... Finalement, les plus grands dangers auxquels sont exposés nos enfants à cette période sont peut-être l'orgie de bonbons et la débauche de gadgets 100% plastique... Quoique nul ne soit à l'abri : figurez-vous que dans mon petit super-marché bio local, le masque de Scream siègeait au milieu du rayonnage de coloquintes... Saisissant... Je fus bien heureuse de ne pas être accompagnée !


Halloween, finalement, c'est la fête du "faire semblant". Quand on a vingt ans, on fait semblant d'avoir peur, et on fait semblant d'être mort. Disons qu'avant dix ans, le but du jeu est avant tout de jouer à être quelqu'un d'autre - ou autre chose. 

"C'est Halloween ! Courez vous déguiser ! Que voulez-vous être, aujourd'hui ?"

Ici, c'est en tigre et en lion que les enfants voulurent se grimer - le diablotin et le fantôme sont restés dans la malle... mais seront peut-être de sortie à Noël ou au 14 juillet ! 😄


A Halloween, toutes les occasions sont bonnes pour se cacher dans une encoignure et en surgir en criant "BOUUUUH !" - et si on parvient à faire sursauter ce géant qu'est Papa, on a gagné. C'est un peu le pendant des poissons du mois d'avril qu'on accroche furtivement dans le dos ...


A Halloween,  tous les membres de la famille ont des panoplies anti-fantômes invisibles (boucliers, rayons laser, sorts magiques...) que l'on dégaine avec fracas dès qu'une décoration grimaçante se présente - dans la rue, chez des amis, ou dans notre petit magasin bio face au rayonnage de coloquintes... 😉


Le message éducatif est toujours le même : il est normal d'avoir peur ! Mais nous avons un pouvoir face à cette peur : quel que soit notre âge, nous pouvons faire le tour de notre peur et nous mettre à distance. Nous pouvons même la provoquer chez d'autres personnes - et pourquoi pas chez ce fantôme lui-même... ?


Notre rituel se développe, et s'installe. Cette année, nous avons travaillé plusieurs jours à l'avance sur notre table des saison, de manière à y intégrer des motifs halloweeniens. Notre citrouille 2016 a trôné au milieu, d'abord intacte... Nous ne l'avons évidée qu'au soir du jour J ! Et le lendemain, les enfants ont la surprise de la découvrir remplie de friandises...

Mais l'année prochaine, c'est entendu avec nos petits voisins : nous ferons la tournée des maisons pour récolter des friandises ! Car enfin : à chaque âge ses plaisirs ! 😉


Nous vous quittons avec ces monstrueuses grimaces - le contre-jour laissant toute sa place à l'imaginaire, c'est de circonstance...

Joyeux Halloween !