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samedi 28 février 2015

Février 2015 en dix "petits bonheurs"


J'aime quand mes enfants imitent le loup, le vent, la chouette, le fantôme, et comparent longuement, avec beaucoup de scientificité, tous ces "HOUHOU" entre eux. :-)


J'aime quand Antonin appelle sa sœur : "Tu viens, MA CHÈRIE ?" :-)


J'aime quand mes enfants reprennent les textes de leurs albums préférés pour les intégrer à leurs jeux : "Ça, c'est bon, la petite fille, c'est tendre, c'est sucré !", "C'est très mauvais pour un rouge-gorge d'avoir la gorge rouge", ou "Demande-le autrement, un peu plus gentiment !" :-)


J'aime quand Louiselle me pose des colles ("Qu'est-ce qu'il fait, comme bruit, le chien ?"), que je fais semblant de réfléchir et de me tromper ("Euh... Miaou ??") et qu'elle me corrige en éclatant de rire. :-)


J'aime quand Antonin se glisse dans notre lit à l'aube, bien calé entre son Papa et moi, et fait visiblement de gros efforts pour ne pas nous réveiller - en gesticulant comme un beau diable et en nous posant des tas de questions. :-)


J'aime quand mes enfants-grammairiens maltraitent les formes verbales : "J'ai PRENDU mon manteau", "Tu veux t'ASSIR ?", "Il a PEINDU partout !", "Bon, je m'en VA"... :-)


J'aime quand mes enfants-linguistes inventent des mots-tiroirs carrément pertinents : "Si tu bois l'eau du bain, tu vas ÉTOUSSER !" (étouffer/tousser), "Moi, je veux DIGÉRER la brouette !" (diriger/gérer)... :-)


J'aime quand un chat errant nous choisit comme famille - non sans une certaine autorité. :-)


J'aime quand Antonin parle à voix basse parce que le chat dort sur le canapé. :-)


J'aime quand Louiselle dit "Je m'occupe de MON chat !" et qu'elle l'ensevelit sous les coussins, les couettes, les couvertures - puis, un peu à court, sous tout ce qui lui tombe sous la main : jouets variés, livres et bibelots divers... et j'aime que le chat se laisse enterrer vivant sans même ciller de la moustache ! :-)

Bonjour, mars ! :-)

vendredi 27 février 2015

La trompette de Sacha


Bon, en fait, son vrai nom, ce n'est pas Sacha.
Et puis sa trompette, ce n'est pas une trompette, mais un cornet à piston - qui, plus court et plus léger, sert de trompette d'apprentissage à ce jeune débutant de 7 ans.
Et d'ailleurs, l'article du jour n'est pas vraiment un article - tout au plus un "pense-bête" qui m'est bien utile et que je voulais partager.

Quelle que soit la quantité d'instruments que vous ayez chez vous, vous ne pouvez les avoir tous. Même si vous êtes multi-instrumentiste, vous ne pourrez jouer de tout.

D'où l'importance, pour vivre des situations d'écoute authentiques, d'emmener les enfants assister à des concerts et de suivre la fanfare du village à chaque commération nationale. Seulement, il manquera encore à mon sens une dimension à l'expérience, dans la mesure où les musiciens professionnels ne se laissent pas facilement approcher...


Il y a forcément des musiciens dans votre entourage. Il y en a forcément plein. S'ils ont moins de 15 ans, c'est encore mieux. Demandez-leur, la prochaine fois que vous les inviter à goûter, s'ils accepteraient d'emporter leur instrument pour le montrer à votre petite famille.

Sacha s'est montré très enthousiaste. Et dès qu'il a franchi la porte avec son étui, Antonin n'a eu de cesse de lui demander - toutes les minutes - s'il était prêt à lui montrer sa trompette. Bon, Sacha a commencé par se poser, il a joué, puis nous avons mangé... Profitant d'un temps creux, et pleine de pitié pour mon Damoiseau qui se languissait tant et tant en louchant sur la malette de cuir noir, je propose à Sacha de sortir son instrument.

J'avais quelques balises en tête (déformation professionnelle, quand tu nous tiens !), ce qui a permis aux enfants de tirer un maximum de profit de cette expérience de découverte. Les voici :

- En amont, nous avions écouté quelques morceaux de tous registres joués par Maurice André, et j'avais laissé notre Cd à disposition quelques jours. Dans le flux de la conversation quotidienne, nous avions parlé à plusieurs reprises des instruments que nous connaissions, et de leur différentes familles.

- Lorsque Sacha a sorti son instrument, je lui ai demandé s'il pouvait nous désigner le nom des différentes parties de l'instrument. Il pouvait. Il nous a montré l'embouchure, le tube, le pavillon, et les trois pistons, et nous a expliqué leur usage avec ses mots d'enfant.

- Je lui ai demandé s'il pouvait produire des sons variés avec son instrument. Sacha a joué la gamme, et nous a expliqué que la tessiture des notes dépendait à la fois du doigté et de la position des lèvres.

- Antonin était très impressionné - voire gêné - par le bruit produit. J'ai alors demandé à Sacha si nous pouvions toucher son instrument pendant qu'il jouait pour essayer de percevoir le son produit dans notre corps. Cette mise en recherche a permis à Antonin de dépasser son sentiment négatif, et nous nous sommes accordés sur le fait que pour sentir au mieux la vibration, il ne fallait pas toucher le corps de l'instrument mais laisser la main ouverte quelques centimètres devant le pavillon.

- Puis, le moment tant attendu : Sacha accepte de nous prêter son cornet pour que nous essayions de produire un son. Peine perdue. Enfants, adultes, tout le monde y échoue. Sacha n'est pas peu fier de sa compétence - et, il faut le dire, Antonin est un peu déçu.

- Enfin, de sa propre initiative, Sacha nous joue tout son répertoire, qui se compose d'airs de comptines que les enfants connaissent, chouette ! Tout le monde chante, et on s'amuse bien.

Verdict ? Antonin reste sur son idée première : il jouera du piano. ;-)

Et Louiselle ? Louiselle ne sait pas encore. Je crois qu'il va falloir que je provoque beaucoup de situations comme celles-ci pour qu'elle puisse se décider en connaissance de cause ! ;-)

mercredi 25 février 2015

Répertoire graphique

Invitation

Les formes à dessin sont le tout premier matériel montessorien que j'ai acheté - avant même d'être Maman, et bien avant de renoncer aux achats de ce type - pour l'utiliser avec mes élèves.

C'est peut-être pour cela que j'éprouve à leur égard une tendresse toute particulière : bien que n'en ayant jamais fait un usage conforme à la présentation montessorienne, j'aime leur lignes épurées, leurs couleurs tendrement contrastées et les encastrements géométriques qu'elles permettent. J'apprécie qu'elle soient pensées pour travailler les courbes caractéristiques de l'écriture cursive et que, contrairement à la plupart des pochoirs, rien ne vient arrêter le geste de l'enfant dans son élan.


J'aime surtout qu'elle génèrent du désir chez l'enfant, la volonté d'une implication forte dans le graphisme. On peut, si on accepte de les détourner de leur usage strictement montessorien, les mettre en situation de diverses manières, qui vont nourrir l'engagement graphique et le plaisir du geste, les combiner avec de mutiples supports, de multiples matériaux, et s'appuyer sur elles pour asseoir une progression d'art graphique, de la maternelle au collège.

Louiselle aime beaucoup les formes à dessins. À deux ans et demi, elle explore la tenue de l'outil et les effets produits de son action, commence à réguler la pression exercée sur son feutre ; elle renforce sa dominante motrice (elle est droitière depuis sa naissance) et prend ses repères dans l'espace feuille.


Antonin aime beaucoup les formes à dessin. À quatre ans, il possède tout un répertoire graphique, qu'il a développé au cours des mois : d'abord vécus sur de grands espaces-feuilles, généralement au cours de séances de peinture, de nombreux tracés ont été adoptés, répétés, et réduits dans l'espace ; le geste s'affine, le répertoire s'enrichit de jour en jour.


Antonin et moi avons observé ses derniers travaux ensemble ; nous en avons prélevé une dizaine de motifs récurrents (lignes droites, obliques, brisées, cercles et spirales, vagues et créneaux...) que j'ai reporté ensuite, le plus soigneusement possible, sur de petites fiches.


Voilà un petit matériel simple et personnalisé qu'il peut reprendre à sa guise pour décorer les figures obtenues grâce aux formes à dessin.


Ces petits supports incitent : 
- à la créativité puisque les motifs ne demandent qu'à être mixés, enrichis, détournés...
- à la réflexivité puisque les productions permettent de discuter de la manière dont un signe a été tracé, des choix qui ont été opéré... et pour sélectionner les nouveaux motifs qui viendront enrichir notre répertoire.

Bon, moi aussi, j'aime beaucoup, et je pratique les formes à dessins aux côtés de mes enfants, d'ailleurs ! ;-)

lundi 23 février 2015

Écrire, les différents stades

Dédié à Gwen et à son Crapouillot-lecteur-scripteur.

Antonin, février 2015.

Connaitre les différents stades de développement permet d'avoir, en tant que parent, un peu de recul sur les avancées de nos enfants. Cela nous permet d'affiner nos observations et de proposer le matériel approprié au bon moment. Bien entendu, nos têtes blondes ou brunes s'empressent de bousculer ces progressions pré-pensées - pour notre plus grande fierté, il faut bien l'avouer !

Pour moi, les stades de développement mis à plat par les psychologues sont toujours disponibles dans un coin de ma tête, et ils m'aident beaucoup... même si chacun de mes enfants s'évertue à faire ses acquisitions selon un ordre très personnel... ! :-D

Voici aujourd'hui la belle progression des manuels... Elle est riche d'enseignement, vous allez voir... surtout si on considère que tous les stades décrits s'interpénètrent intimement, et qu'on essaie d'assaisonner tout cela de considérations pratiques pour accompagner cet apprentissage capital.

Une dernière chose avant de commencer : qu'est-ce qu'écrire ? Voici la définition que je considère ici (et à vrai dire, je n'en connais pas d'autre) : apprendre à écrire, c'est avant tout apprendre à s'exprimer, par écrit, d'une manière authentique et personnelle. C'est apprendre à encoder ses expériences de façon à les rendre communicables. C'est vivre un cheminement digne des plus grands auteurs ! :-)

Louiselle, février 2015.

Stade 1 : Dessin.

Le dessin est une étape primordiale pour l'apprenti-scripteur, aussi bien du point de vue de la perfection du geste graphique que de la capacité à injecter du sens dans une production. Jusqu'au CM2 au moins, encouragez vos enfants à communiquer leurs idées ou à raconter des histoires à travers leurs dessins. Quand on prend le temps de se pencher sur un dessin d'enfant et d'en discuter avec lui, on apprend toujours quelque chose sur sa vision du monde et sa compréhension des choses. Si on sait les écouter, certains enfants très jeunes dotent de sens ce qui semble être des gribouillis informes - qui, bien sûr, cessent de l'être immédiatement et deviennent à nos yeux aussi structurés qu'une suite de vignettes de bande dessinée...

L'adulte doit avoir en tête : 
1. De ne pas émettre de jugement de valeur ("Ouah, c'est beauuuuu !"), même si c'est très difficile. Mais de favoriser la description ("Oh, je vois que tu as peint un large trait bleu, ici. Ça tranche avec ce rouge-là, je trouve."). 
2. De questionner sans agresser. Pour ma part, je déteste les "Alors, qu'est-ce que c'est ?", qui prennent souvent les enfants de court et les enferment dans le plus profond mutisme. Qui nous dit d'ailleurs que l'enfant ait voulu dessiner QUELQUE CHOSE ? Que c'est réducteur, lorsqu'on y pense... On peut tenter un "Veux-tu me parler de ton dessin ?", bien plus respectueux... et ouvert au champ des possibles ! ;-)

À ce stade, il est intéressant de prendre en note les commentaires de l'enfant - lorsqu'il en produit. Pas systématiquement, bien sûr, mais certains travaux parleront plus à l'ensemble de la famille et mériteront une légende spéciale. Demandez d'abord la permission au principal intéressé - et acceptez sans piper un NON catégorique... Si c'est OUI, n'écrivez pas directement sur l'œuvre ! Vous pouvez noter rapidement les observations de votre enfant au brouillon et les reporter plus tard au verso. Mieux, collez les œuvres choisies sur une feuille un peu plus grande qui pourra, elle, accueillir les explications sans polluer l'espace-feuille original.

Pourquoi se donner tant de mal ? Parce qu'en nous voyant faire nos enfants comprennent que leurs mots, leurs histoires, sont importantes ; ils accèdent de plus à ce qu'on appelle, dans le jargon, "la permanence de l'écrit" : un texte, une fois couché sur le papier, est toujours le même quoi qu'il arrive, à chaque fois qu'il est lu. Ce n'est pas ordinaire. Ce n'est pas ainsi que fonctionne l'oral, par exemple, qui code le sens de manière beaucoup plus souple et fluctuante.

Viendra un temps où vos enfants seront capables de légender eux-mêmes leurs dessins - sur le recto s'ils le souhaitent, eux ont le droit, c'est LEUR dessin ! Dans un premier temps, ce ne seront que des simulacres d'écriture, mais bientôt... :-) Dans tous les cas, c'est le moment de glisser crayons à papier, stylos, post-it et petits bristols dans leur matériel à dessin... Il se peut que ça serve ! ;-)

Antonin, décembre 2014 : alphabet sur papier de soie.

Stade 2 : Pré-écriture.

Lorsque l'enfant apprend à reconnaitre les lettres qui l'entourent, il prend plaisir à les intégrer dans ses productions. À ce stade, les lettres surgissent sans rime ni raison ; ce sont, tout simplement, les lettres que l'enfant connait et qu'il sait reproduire. Chaque enfant a ses petits chouchous, qui fleurissent en abondance dans ses dessins pendant plusieurs mois. Ce peut être les lettres qui composent son prénom, ou, plus prosaïquement, celles qu'il a sous les yeux au moment de sa production. Certains enfants couvrent l'espace feuille de graphies serrées, d'autre inscrivent chaque lettre en très gros et épuisent ainsi leur réserve de papier avant d'avoir reproduit l'alphabet...

Pour l'adulte, c'est le moment d'être attentif... et de continuer de faire ce qu'il faisait déjà : écouter, encourager et prendre en note les commentaires de l'enfant à propos de ce qu'il écrit.

Quel matériel proposer à ce stade ?
- Si vous êtes montessorien, vous fournirez, bien sûr, des lettres rugueuses. Je profite de cet article pour lancer un appel : je suis avide de témoignages ! Les enfants ayant appris à écrire en "attaché" directement (en IEF, je présume) ont-ils ponctué leurs dessins de lettres cursives ? Merci de me raconter si cela correspond à votre vécu...
- Si vous êtes plutôt reggian - c'est-à-dire adepte d'un apprentissage dans la complexité - vous pouvez glisser un support de ce type dans le nécessaire à dessin de votre enfant :

Invitation

Ici, si je ne cesse de répéter aux enfants que les lettres "écrites" sont des lettres "attachées", j'ai décidé de laisser le temps au temps et de m'appuyer, une fois de plus, sur ce qui surgit dans les productions d'Antonin : les capitales d'imprimerie. Les enfants ont très bien intégré que ce type de graphie n'était qu'une étape vers la cursive et que les lettres "des livres" n'étaient pas les mêmes que celles que les adultes écrivent. Louiselle, qui ne maitrise encore l'écriture d'aucune lettre - à son grand dam - s'exclame souvent fièrement devant ses productions emmêlées : "Ce sont des lettres ATTACHÉES !"... ce qui rend son frère furieux, lui qui sait que les choses sont un poil plus complexes... :-D

Antonin, février 2015.

Stade 3 : L'encodage.

Tilt : l'enfant comprend que les lettres se lisent. Que les mots s'écrivent, se codent. L'idée phare (et simple, si simple !) de l'apprentissage de la lecture selon la méthode Montessori est bonne à suivre : lorsque l'enfant s'intéresse aux lettres, on lui fournit le son qu'elle produisent en lieu et place de leur nom officiel - lequel ne sera utile qu'à partir du CE1/CE2, ainsi que l'ordre alphabétique, pour orthographier et faire une recherche dans un dictionnaire. Pour le dire clairement, le N se "nomme" [n] et non [ɛn]. C'est bête comme chou, mais, quand on y pense : quelle économie pour l'apprentissage du codage/décodage !!!

Vous y voici : la chair de votre chair veut écrire. Aidez-la ! Prononcez les mots à écrire lentement, en accuentuant chaque phonème. "Quand je dis ton prénom, NNNNNOLAN, qu'est-ce que tu entends en premier ?" L'enfant prononce et transcrit la lettre "N". "Quand je dis ton prénom, NOOOOOLAN, qu'est-ce que tu entends ensuite ?". Si l'enfant peine à reconnaitre les sons, fournissez-lui simplement la lettre correspondante. Ayez à disposition un alphabet (mobile ou non), de façon à créer des liens entre les différents sens (visuel, auditif, et si possible tactile, avec les lettres rugueuses).

Pendant cette étape, il est bien plus valorisant pour l'enfant de parvenir à codifier les sons de la langue que de produire une orthographe correcte. Et d'ailleurs, comment le pourrait-il ? En français, les pièges se dressent à chaque coin de mot, et il faut connaitre la plupart des graphies par cœur... ce qui sera fait. À la fin du collège ! ;-)

Lorsque l'enfant sait décomposer les mots qu'il veut écrire en sons, il devient indépendant. Mais il est vrai : le travail d'accompagnement est délicat pour les parents. Il est plus confortable d'épeler ("CRAYON, ma chèrie ? Sé - ère - a - i grec - o - ène.") que de leur laisser découvrir chaque son par lui-même, avec toute la maltraitance orthographique que cela suppose.

Bon. Certains petits malins comprennent vite qu'il y a des pièges. Et on ne vous demande pas d'induire la chair de votre chair en erreur, et lorsqu'il vous regarde dans le blanc des yeux en vous sommant de lui épeler "Clown" ou "Femme", il faudra bien vous exécuter... sans mentir. Et c'est à vous de trouver un second souffle quand votre chérubin, après avoir soigneusement noté les lettres énoncées d'un mot sans piège ([lego] = LEGO) se redresse dans une attitude réprobatrice : "Bon, d'accord, mais EN VRAI, Papa, comment ça s'écrit ?" - "Ben, euh, si, comme ça, je t'assure..." :-D

N'y allez pas par quatre chemins : expliquez à votre enfant que lorsqu'on apprend à écrire, on ne graphie pas tout de suite tous les mots correctement. Dites-lui la vérité : que vous aussi, vous faites encore des erreurs. Qu'il apprend à se faire comprendre, et que cela lui prendra un certain nombre d'années - mais qu'il tient le bon bout ! Un jeune auteur de 5 ou 6 ans a beaucoup de choses à gérer : ce qu'il veut dire, comment tracer les lettres, comment encoder les sons... Quel est le plus important dans tout cela ? C'est ce qu'il veut dire, n'est-ce pas ? C'est cette impression de l'instant qu'il faut coucher sur le papier - et elle ne sera plus là dans 8 ans, quand l'enfant aura maitrisé l'orthographe qui, elle, pourra toujours se modifier a posteriori...

Stade 4 : Le récit.

L'enfant commence à écrire en vue de transcrire des histoires ou des idées complexes. Ne vous étonnez pas si un matin au petit déjeuner votre bout de chou vous annonce avec le plus grand sérieux qu'il commence un roman ! Ne riez pas, et disposez sur le bureau de sa chambre le nécessaire pouvant encourager cette activité : stylos variés et jolis carnets dans lesquels votre enfant reportera ses œuvres.

Le tâtonnement phonologiquement se poursuit, et votre aide reste précieuse. Parallèlement, l'enfant commence à se construire un petit répertoire de mot usuels dont il maitrise l'orthographe ("et", "les", "dans", etc.). C'est toujours cela de moins à penser. Néanmoins, gardez votre ligne de mire : il est toujours plus formateur pour l'enfant de coder un mot lui-même, même s'il l'écrit mal, que de le recopier "bêtement" ou de la prendre en dictée - aucune connection ne se fait alors, aucune analyse, aucune expérience. Quand le codage phonétique sera achevé, l'enfant sera disponible pour intégrer les règles orthographiques qu'il cotoie chaque jour.

Car je ne dis pas qu'il n'y a pas un apprentissage orthographique à mener ! Mais celui-ci concerne plutôt la lecture (savoir déchiffrer un mot malgré ses bizarreries) et n'a donc pas sa place ici... Pour le dire autrement : il est important que l'enfant sache lire "ÉLEPHANT". Cette compétence relève pleinement du domaine de l'orthographe. Qu'il sache écrire ce mot est totalement secondaire pour le moment.

Au stade 4, l'enfant a bien d'autres chats à fouetter : il s'enthousiasme pour la ponctuation (au point d'en coller souvent un peu partout !), expérimente la neccessité des espaces entre les mots ; il se repère sur l'espace-feuille - et apprend à aller à la ligne, par exemple. Il maitrisera tous ces codes à la fin de sa scolarité élémentaire.

Stade 5 : La maitrise... et la lassitude.

À l'adolecence, les compétences orthographiques et grammaticales se mettent en place. C'est également l'âge où la joie d'écrire disparait - la pratique semble instrumentale aux jeunes adultes, qui l'assimilent à un devoir scolaire. Le fait est qu'ils sont plus souvent mis en situation d'écrire pour décrocher un diplôme que pour exprimer des émotions, une passion ou une vision du monde...

Tout comme la pratique des arts plastiques, le rapport de la famille à l'écriture va être déterminant pour vivre ce tournant. On peut aider un adolescent qui se détourne de l'écriture à réintégrer cette pratique dans un réseau de compétences artistiques dotée de sens : pourquoi ne pas l'encourager à illustrer ses idées dans un film, une expo photos, un blog, un carnet de voyage... ? Autant de projets motivants au cours desquels l'écrit l'aidera à coucher ses sensations et ses intuitions...

Je souhaite à nos enfants une belle d'histoire d'amour avec l'écrit ! :-)

dimanche 22 février 2015

Notre semaine 08/15 en dix photos

Il faut trois ans pour apprendre à parler.
Il faut toute une vie pour apprendre à se taire.
Proverbe chinois.
;-)

Empreintes éphémères

Coudre des gros boutons

Projeter au plafond : une découverte !

Art libre : aquarelle sur fèves

Puzzles 10 pièces : c'est OK ! :-)

Cookies chocolat/noisettes à tomber par terre

Constructions baroques...

... et algorithmes spontannés

Exploration des couleurs et de la transparence

Décoration de masques vénitiens pour Mardi-Gras

Bonne semaine chez vous ! :-)

vendredi 20 février 2015

Histoire de bulles, le pdf


Ayant reçu plusieurs demandes, je mets le Pdf d'Histoire de bulles en ligne... Il est téléchargeable ICI. J'espère qu'il vous sera utile ! ;-)

jeudi 19 février 2015

Un petit pas de plus

 

Ça y est : Antonin est entré en lecture ! :-)

Mercredi 11 février : encore une date à retenir. Après le petit déjeuner, les enfants et moi nous amusons à dessiner à tour de rôle sur notre ardoise magique. Antonin me demande soudain d'écrire "locomotive", puis "feu". Bien sûr, je ne suis que la scripteuse, Antonin se charge de coder les mots. S'il faisait l'exercice plus souvent, je lui accorderait de plein droit le statut d'apprenti-lecteur, tant il est vrai, à mes yeux, qu'on ne commence à lire que lorsqu'on commence à écrire (avec un alphabet mobile, par exemple, c'est mieux que la plume de Maman du point de vue de l'autonomie).

Bon, voilà, les deux mots sont là, sur la surface grise de l'ardoise. "Je vais effacer, dit Antonin, et je vais écrire "EFFACER". Tout seul."

Et il le fait. Plusieurs fois, d'ailleurs.


Voilà.


Bon, je crois que je ne peux plus le nier : Antonin est entré en lecture ! :-)

Bien sûr, il ne s'agit que d'un premier petit pas sur un chemin tortueux, et des années s'écouleront sans doute avant la lecture courante.

Mais le fait est là : Antonin est entré en lecture, et malgré toute l'attention déployée, je suis incapable de dire, une fois de plus, quand cela est vraiment arrivé !

Ça vous dirait, un petit article sur les différents stade de l'écriture chez l'enfant, pour fêter ça ? ;-)

Empreintes


L'exploration sensorielle des solides se poursuit. Les enfants les aiment beaucoup, les manipulent régulièrement, s'imprègnent de leurs propriétés et intègrent tranquillement le vocabulaire.



Pour moi, ce matériel m'inspire beaucoup... Que diriez-vous d'un "musée de constructions" dont les enfants feraient un recueil en les photographiant ? Hein, par exemple ? :-)

Invitation : mes enfants attendent super sagement que j'ai pris ma photo pour se jeter dessus ! :-D

En attendant, voici une proposition simple, annoncée depuis longtemps, qui vise à passer du solide au plan


On peut aussi proposer aux enfants d'appuyer les solides dans la farine ou le sable humide. L'objectif, à terme, est d'associer chaque solide à son empreinte. Je ne suis pas allée jusque là pour cette première séance : les enfants ont peint librement, ils ont observé et nommé les formes obtenues et ils se sont bien amusés. 


L'œuvre produite ayant été réquisitionnée pour notre Histoire de bulles, je n'ai donc pas pu utiliser la production pour modéliser nos expériences (la sphère trace une ligne, le cylindre une bande, le cône, un cercle, etc.), mais ce sera pour la prochaine fois ! De toute façon, c'est le genre d'activités qu'il faut proposer souvent pour laisser le temps aux enfants de s'approprier ces découvertes.


Mais le principal intérêt de l'activité réside...


... dans le nettoyage ! Ah, "la vaisselle de solides", je n'ai pas fini d'en entendre parler ! ;-)

lundi 16 février 2015

Histoire de bulles, le "makinf of" ;-)


Août 2014 : Je découvre ce texte ICI. Je sais immédiatement qu'il va beaucoup compter dans ma vie.

Janvier 2015 : Antonin vient d'avoir 4 ans. Je comprends à certains signes qu'il commence à pouvoir objectiver ses émotions, à en parler, les décrire. J'utilise alors cette image des bulles - c'est un succès. Bientôt, Antonin est capable de nommer ses "bulles", de les localiser dans son corps, de leur attribuer une taille (une intensité), parfois une origine, et de tenter de les apprivoiser par le souffle.

6 février 2015 : Je tape le texte de Tarek et Caroline en vue de l'imprimer pour notre album. Je cherche en vain la police de mes rêves (toute en rondeur sans être douce), et opte pour "Purisa" (sous Ubuntu), caractère gras. Pour les couleurs, je me décide pour deux couleurs complémentaires - rouge et vert - qui se renforcent mutuellement et semble souffler le chaud et le froid du panel des émotions humaines.

Plus je lis et relis ce texte, plus il m'apparait rythmé - un rythme oral très cadencé, quasi-entrecoupé. Je traite alors la ponctuation comme une entité à part entière, en faisant apparaitre des virgules rouges sur des phrases vertes, ou des points verts entre des mots rouges. Je joue avec la taille de la police de façon à ce que le texte remplisse la page (je respecte à la lettre le découpage en paragraphe des auteurs), et choisis parfois de grossir certaines propositions saillantes.

Après beaucoup d'hésitations, je décide de simplifier le lexique du maréchal/colonel, inaccessible à mes enfants, et je supprime la référence à la médication. Il me semble que cela n'ôte rien à la profondeur du propos, mais, au contraire, le rend encore plus universel.


Ce même jour, test ultime : je lis ce texte aux enfants.

Ils tombent immédiatement en amour, et le réclament plusieurs fois de suite. Ouf. ;-)

Je décide de conserver le titre d'Alexandra : "Histoire de bulles", car c'est ainsi que nous appelons cette œuvre entre nous.

L'absence d'illustrations ne perturbe absolument pas les enfants. J'aurais aimé que l'un d'eux s'exclame : "Mais ! Il n'y a pas d'images !" pour pouvoir lancer mon projet, mais c'est raté. :-)

La proposition d'illustrer eux-mêmes ce texte leur parait toute naturelle et ils se mettent immédiatement au travail.


7 février : La recherche graphique s'oriente dans deux directions : les travaux libres et les situations plus réfléchies, où nous cherchons à sélectionner des objets pouvant imprimer une empreinte ronde sur la feuille.


8 février : J'essaie de proposer une multitude de médiums. Je ne peux garantir que l'objectif d'illustrer "Histoire de bulles" soit présent en permanence derrière chaque tracé des enfants, car ils s'immergent généralement totalement dans le processus sans se soucier du produit fini. Quoiqu'il en soit, leurs gestes naturels s'inscrivent généralement tout à fait dans l'univers : cercles, spirales, boucles... Et le choix des couleurs (souvent assez dark...) est toujours le leur !


9 février : magnifique séance d'empreintes à l'aide de solides. Je ne pensais pas à nos illustrations en la proposant, mais Antonin s'écrie : "Maman ! On fait des bulles pour le livre !".


10 février : L'exploration suit son cours. Certains travaux sont repris par les enfants eux-mêmes plusieurs jours de suite, et retravaillés.


L'ambiance est sérieuse !


11 février : En cuisine, nous nous mettons en quête d'un maximum d'objets pouvant laisser des empreintes circulaires.


Les enfants sont imaginatifs. Nous utilisons les restes de peinture de la séance "solides" avant qu'elle ne sèche, et restons donc dans le même univers chromatique.


Ce même jour, nous découpons des dizaines de bulles. Il suffit souvent de se contenter d'isoler une empreinte ronde ; mais on peut aussi choisir de découper un motif qui nous semble intéressant à l'aide d'une forme circulaire. Dans ce dernier cas, on sollicite formes à dessin, verres, bols, coquetier... Techniquement, il est encore difficile pour Antonin de tracer et de découper une forme, et il se fatigue vite. Je me charge donc de cette étape, qui reste une très belle occasion d'observer, de décrire et de justifier ses choix : "Sur cette feuille, je trouve ce bleu très intéressant, parce qu'il est très épais, tout hérissé, et que dans ce coin, il se mélange au jaune. Est-ce qu'on en fait une bulle ? Ou préfèrez-vous un autre motif ?".

Pendant ce temps, dans la pièce, les enfants feuillètent des livres, jouent à la dînette... et commentent mon travail en donnant leur opinion : "Elle est toute piquante, cette bulle ! Elle est noire ! C'est la colère.", decrète par exemple Louiselle.

12 février : Il fait un temps magnifique - l'épaisse couche de neige n'a pas encore fondu, mais le soleil resplendit et le thermomètre firte avec les 12 degrés. Après une matinée entière à l'extérieur, nous décidons de nous y mettre. C'est le grand jour !

Nous commençons par fabriquer notre colle-maison.


Plus moyen de reculer, il faut que tout soit fini avant qu'elle ne sèche.


C'est parti.


Les enfants collent librement. Ils réaliseront chacun deux compositions que je reprendrai sans les modifier.


Pour le reste, j'ai encore beaucoup de travail. Je procède dans l'ordre du récit, page par page, en travaillant vite - si possible "à l'instinct". Mes petits aides me font quelques infidélités - ils sont parfois très présents et très concernés, et font parfois tout autre chose. J'essaie de peu composer et de respecter au maximum les œuvres des enfants. Je fais néanmoins une exception pour le chef des bulles, que je dote d'un quasi-visage et de quelques signes distinctifs - pour la force du symbole et la clarté narrative.


Voilà. C'est épais.


13 février : Je scane toutes les pages et met l'album en ligne.

14 février : Plastification. Découpage. Perforation.


Je relie notre ouvrage avec des anneaux brisés. C'est fini.


Il ne reste plus qu'à le lire, le relire - et à en parler ! ;-)
Nous nous y employons chaque jour ! :-)