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jeudi 30 mars 2017

La petite souris n'est pas passée...

Avertissement : le présent article est un récit de vie familiale, par définition particulière.
Il ne s'agit pas ici de théoriser de façon générale sur les croyances des enfants, mais de relater une expérience personnelle.


La Petite souris, ce n'est pas nous qui l'avons inventée. Elle a surgi un beau matin, dans la bouche d'Antonin, 6 ans :

"Quand on perd une dent, on la met sous l'oreiller. Et pendant la nuit, il y a une petite souris qui passe et qui dépose une pièce.

- Ah ?! Quelle histoire intéressante !", ont dit les adultes.

Son apparition soudaine ne nous a pas émus le moins du monde. Pensez-donc : nous vivions déjà avec quelques Pères Noël et une colonie de cloches de Pâques. Nous pouvions bien nous tasser un peu, la maison est grande, et cette souris, si petite !! 😊


Antonin et Louiselle se posent beaucoup de questions sur la véracité de certaines figures fantastiques. Nous avons eu droit à tout – ou presque  : est-ce que les sorcières existent ? Et les ogres ? Les géants ? Les dragons ? Il est facile pour nous de répondre que non – nul affect n'est en jeu, et je pense de toute manière qu'il est rassurant, pour les enfants, de vivre dans un monde expurgé de monstres. Mais : JAMAIS nos enfants ne nous ont demandé si le Père Noël existait. JAMAIS. Ils ont pourtant assisté à l'emballage de quelques cadeaux, et à certaines discussions à peine voilées... qui ont glissés sur eux - ils le voulait ainsi. Il ont constaté l'apparition soudaine des chocolats de Pâques avec ravissement, et en ont conclu tout seuls, sur la base apparemment non réfutable de leur culture de cour de récré, que c'étaient les cloches qui les apportaient.

Je n'ai pas pour habitude de contredire – ni même de sourire - aux tentatives d'explications du monde que déploient mes enfants. J'ai donc fait exactement ce que je fais lorsqu'ils m'expliquent le processus de la digestion ou les aléas de la météo : je n'ai rien validé, rien invalidé. D'ailleurs, les choses étaient très claires : on ne me demandait pas mon avis

Tout de même, l'année dernière, Antonin s'est demandé comment les cloches faisaient pour entrer dans les maisons, afin que les enfants puissent faire leur chasse à l'intérieur par temps de pluie. Je lui ai répondu que c'était une bonne question, et que si c'était effectivement les cloches qui faisaient le boulot, cela questionnait drôlement. La conversation en était restée là.


C'est en ce sens que j'ai parfois l'impression que nous cohabitons avec quelques créatures mythiques, malgré le soin que nous mettons, nous les adultes, à traiter ces histoires comme des histoires. Mon homme et moi disons bien, à chaque fois que nous croisons un Père -Noël : "Tiens, UN Père-Noël." (et non : "C'est LE Père-Noël !", remarquez la nuance), et nous enchaînons généralement sur une étude comparée de leurs déguisements respectifs - discussion passionnée et passionnante à laquelle les enfants prennent une large part. Pas question de préparer une collation au vieux barbu le soir du 24, de lui écrire une lettre - à laquelle il répondra peut-être ! - et de prétendre que le bonhomme voit tout et entend tout (surtout s'il s'agit de "bêtises"). Agir ainsi reviendrait pour moi à abuser cruellement de la naïveté de mes enfants et de leur appétit de surnaturel - pour dire le vrai et sans vouloir décrier les familles qui font d'autres choix, je craindrais même d'entraver le développement de leur esprit critique.


L'apparition de la petite souris ne nous a donc pas émus le moins du monde, disais-je. Mais je fus par contre véritablement ébranlée, lorsque deux jours après lui avoir donné vie, Antonin exprima pour la première fois un doute radical à son sujet. Il vint se planter à mes côtés, et lança d'un air malicieux :

"Je sais ce que je vais faire ! Le jour où je perdrai ma dent, je ne vais pas vous le dire, et je la glisserai en cachette sous l'oreiller ! Comme ça, s'il n'y a rien le lendemain, c'est que c'est Papa et toi qui glissez la pièce !".

Là dessus, mon Damoiseau fort satisfait me laissa en plan. 😶

Je dois dire que j'étais un peu sonnée : décidément, les choses ne se faisaient pas dans l'ordre supposé. Car encore une fois, rien ne m'était demandé directement. Antonin sait pertinemment que je répondrai à sa question s'il me la pose. Ce qui m'était adressé, j'en eu immédiatement conscience, c'était la question muette d'autres enfants, ces enfants auxquels on "fait croire". La stratégie avait été élaborée, peut-être collectivement, dans l'ombre d'un préau, pour obtenir la réponse refusée. Cette idée n'était pas celle de mon fils : elle circulait parmi ses copains comme une tentative de putsch dans le monde des adultes ... J'avoue que je ne peux qu'applaudir très fort ! 😊

Le lendemain, la dent d'Antonin tomba. L'évènement, passage rituel au sens fort, fut très impressionnant, avec perte de sang, handicap relatif de plusieurs heures, et tout et tout. La grande classe. Bref : la dent tombe, et il n'est bien sûr pas question pour Antonin d'en faire cachotterie à ses parents. D'ailleurs cette idée, dont j'ai tout de suite su qu'elle n'était pas la sienne, semble bien loin de son esprit à présent. Sa seule obsession (tout de suite après : "Je saigne donc je souffre. Je perds quelque chose donc je grandis.") est : glisser sa dent sous l'oreiller pour recevoir sa pièce, et ainsi parachever le rite de passage. Nous n'entendons plus, à ce stade, parler de la Petite souris. 😉


Le lendemain matin, Antonin a trouvé sous son oreiller deux petits paquets, une boite minuscule et une grande enveloppe. Il n'a rien ouvert sans nous. Il a tout emporté au salon et attendu patiemment deux bonnes heures que nous émergions du sommeil. Il avait besoin de nous, car il savait, je crois, que nous ne le laisserions pas dans le flou, et que nous répondrions à sa question.


Nous avions décidé de faire les choses bien. Les deux petits paquets contenaient un livre d'initiation à la mythologie grecque (sans doute son livre préféré depuis lors) et un adorable petit carnet illustré sur le thème des contes classiques. Ces petits présents étaient surtout le fruit du hasard : j'entasse toute l'année des babioles que je n'offre qu'à l'occasion d'une occasion (!). Mais rétrospectivement, je trouve que le hasard fait bien les choses et que le message est clair.  La perte de la première dent, et c'est l'entrée dans le monde des "grands", le monde symbolique : les grands mythes fondateurs, et les contes-reflets de notre inconscient collectif (que je lis en version la plus originale possible à mes enfants, et qu'ils ne connaissent pas tous encore, loin s'en faut, de ce fait).


Et encore : plutôt que d'emporter la précieuse dent au royaume de l'oubli, nous l'avons placée dans une jolie boite, conçue spécialement pour recevoir les dents de lait. Cette boite a été replacée sous l'oreiller, et Antonin aura à charge d'y placer les prochaines, précieusement. Il pourra à tout moment inspecter son contenu, manipuler et nommer les trésors physiques et symboliques qu'elle contient... C'est tout de même plus intéressant que si la Petite souris les emportait pour toujours, hein ? 😉

Quant à l'enveloppe, en plus de la fameuse pièce (2 euros autrichiens !), elle contenait deux feuillets :

-  J'avais mis en page, d'après une idée trouvée sur le Net (où ?) un relevé des chutes des dents de lait. Antonin a pris grand plaisir à inscrire la date de la chute de sa première dent (à l'aide de son dateur chéri reçu à Noël !), et attend avec impatience de pouvoir poursuivre le relevé... Si ce document vous intéresse, il est téléchargeable ICI.  


- La deuxième feuille était la réponse à sa question voilée : une lettre ... de ses parents. Après tout, les petites souris ont souvent coutume de laisser des petits mots aux enfants après avoir pris leurs dents... Pourquoi ne ferions-nous pas de même ?😊


J'ai eu ce matin-là la confirmation d'une chose que je savais depuis longtemps : répondre en toute honnêteté aux réponses de nos enfants n'empêche pas la féérie. Car ce fut un matin 100% magique. Antonin peut grandir en toute quiétude : nous ne lui mentirons jamais, nous répondrons toujours à ses questions (même indirectes) mais nous lui laisserons aussi la liberté de rêver. Et à chaque dent qui tombera, quel que soit son âge, il sera sûr de trouver un petit quelque chose sous son oreiller. 😊


"Comment as-tu fait ? me demanda, plein de malice, Antonin quelques heures plus tard. Pour glisser tout ça sous mon oreiller sans que je me réveille ?

- Ah, ne m'en parle pas ! Quelle frayeur ! Je n'avais jamais fait cela de ma vie, le sais-tu ? C'était une première pour moi aussi ! À un moment, tu as bougé, et j'ai transpiré, oh ! Je ne voulais pas  te réveiller, j'avais l'impression de faire autant de bruit de cent hippopotames !!".

Nous nous sourions.

Dans les yeux de mon fils, je lis un nouveau défi : "À ma prochaine dent, je ne dormirai pas, et je te surprendrai ! Et ça ne sera pas bien grave !"

Et mes yeux à moi répondent :

"Rien à faire : tu dormiras et je m'engage à ce que tu aies la surprise le lendemain... Encore que le contraire ne serait pas dramatique... N'est-ce pas ?"

N'est-ce pas ? 😉

dimanche 5 mars 2017

Au ralenti...


Il faut absolument que je vous présente le merveilleux petit kit que j'ai préparé pour Antonin : sa première dent de lait va bientôt tomber, et je souffrirai beaucoup de ne pas consacrer un article à cet évènement majeur. 😉 D'ailleurs, il faudra dans la foulée que je rédige enfin clairement notre positionnement sur la Petite souris, le Père Noël et autres Oeufs de pâques. Et que je consacre quelques jours de travail à cet article sur le "coschooling" en dormance depuis de longues semaines - ah, je tiens beaucoup à écrire également sur l'esprit comprenant selon Maria Montessori, puisque c'est d'actualité chez nous depuis quelques semaines. J'ai encore quelques recettes kid friendly topissimes à partager, ainsi que les outils pratiques que nous utilisons pour que les enfants visualisent leurs tâches ménagères à la maison. Nos boites des continents sont en pleine construction, Antonin lit couramment, est entré de plein pied en orthographe et s'intéresse à la grammaire - et quant à Louiselle...

Bon. Je crois qu'il va falloir que je renonce à tout partager si je veux vivre ma vie. 😁

Pour l'heure, je me propose un marché : je viendrai ici à chaque fois que j'aurai écrit 10 pages de mon livre en cours. Ce sera un peu comme une récompense. 😉 Dans la mesure où je travaille à plein temps, que j'ai 25 élèves à nourrir et deux enfants à écouter, je me doute bien que ces pages ne s'écriront pas vite. Et que bien des articles resteront du coup dans les limbes... Tant pis. En y réfléchissant, je ne crois pas que cela soit si grave. 😄

Ce blog va donc tourner au ralenti, comme il l'a déjà fait par le passé... J'espère que le formuler m'aidera à lâcher prise et à me concentrer sur mes autres tâches... Mais une chose est sûre : il me manque déjà ! 😟

Souhaitez-moi bon courage et à dans-pas-trop-longtemps !

mercredi 1 mars 2017

Steaks de quinoa aux champignons

À la demande de Clo, je reprends ici la publication de nos petites recettes kid friendly... Végétariennes, plutôt rapides et économiques, il s'agit, comme d'habitude avec moi, de cuisine pour tous les jours ! Si vous souhaitez mettre les petits plats dans les grands, vous trouverez d'autres sources d'inspiration... Car ma muse à moi, c'est la quotidienneté ! 😄

Voici aujourd'hui une recette qui fera avaler des champignons cuits à n'importe quel réfractaire - je sais de quoi je parle ! 😄 Et personnellement, j'ai adoré l'association avec la salade aux pois chiches, pleine de fraîcheur autant que rassasiante...

Salade frisée aux pois chiches (vinaigrette à l'huile de sésame et vinaigre de cidre)
et steak de quinoa aux champignons

Steaks de quinoa aux champignons :

Ingrédients (pour 5 à 6 steaks) :

- 5 CS de quinoa cru
- 6 CS de farine
- Bouillon de légumes maison (ou bouillon cube sans glutamate)
- 1 oignon
- 2 gousses d'ail
- 250g de champignons de Paris
- 1 oeuf
- Huile de sésame
- Epices tandoori
- Bouillon de légumes maison (ou bouillon cube sans glutamate)
- 1 CS de sauce tomate
- Thym
- Basilic (surgelé pour nous)

Préparation :

Faire cuire 5 CS de quinoa dans du bouillon de légumes en suivant les instructions du sachet.

Dans une poêle, faire chauffer un peu d'huile de sésame, dans laquelle on fait revenir une bonne pincée d'épices Tandoori, avant d'y ajouter 1 oignon haché, 2 gousses d'ail hachées et du thym au goût.

Faire revenir jusqu'à coloration, puis ajouter 250g de champignons de Paris hachés grossièrement. Laisser revenir une minute ou deux, puis ajouter 1 CS de sauce tomate (au basilic, ici, mais prenez ce que vous avez).

Dans une terrine, mélanger le quinoa, les champignons, 1 œuf et du basilic. Ajouter ensuite 6 CS de farine.

Déposer de bonnes cuillères à soupe de cette pâte, en les espaçant, dans une poêle chaude huilée. Faire frire les galettes des deux côtés, d'abord à feu moyen puis à feu doux, afin qu'elles soient à la fois dorées et cuites à cœur.

Bon appétit ! 😊

mardi 28 février 2017

Février 2017 en dix photos


En février, dans ma classe, il y eut beaucoup de vie pratique. Les activités individuelles autonomes sont à présent en place et je vais introduire le matériel de vie sensorielle à la rentrée.

A la maison, il y eut... les vacances ! Et des parties endiablées de Fundominos et de Diamoniak, de belles séances de modelage en tous genre, des transvasements de riz coloré, des dessins d'oiseaux à gogo, la découverte des échecs, celle de la Bibledes dinosaures et  des travaux au jardin,  des suées sur Bahuts Malins, la fabrication d'attrape-rêves, des chiffres et des lettres à l'heure du bain et l'introduction à la grammaire grâce aux très beaux symboles d'Hoptoys...

Et du matin au soir, Antonin lit, lit, lit... Il n'arrête plus de lire ! 😊

Dimanche 5 février :


Écriture libre avec l'alphabet mobile. ❤ La photo n'est pas jolie, il fait nuit, mais elle est chère à mon cœur ! 😉

 Quelques remarques concernant ce matériel :

- On propose l'alphabet mobile quand l'enfant connaît au moins la moitié de ses lettres rugueuses.

- Il ne faut pas hésiter à écrire des mots longs, voire des phrases, si l'enfant le souhaite.

- Et pour marquer l'intervalle entre les mots, on y lace une main, comme sur la photo. Percevoir l'unité "mot" est difficile et se construira sur la durée.

- L'enfant écrit de manière "phonétique", au début, et il ne s'agit pas de le corriger. la conscience orthographique vient naturellement un peu plus tard, lorsqu'il commence à lire.

- Enfin, l'utilisation montessorienne de ce matériel stipule de ne pas faire relire les mots. l'enfant est dans l'immédiateté, il encode, il prend plaisir à créer du sens, et se relit s'il le souhaite - mais il est essentiel de ne pas l'exiger de lui.

Mardi 7 février :


Il y a, dans ma classe de Petits/Moyens, ce vieux puzzle en bois que je trouve très montessorien : il s'agit de mettre des chaussures en paire selon leur nuance... Maintenant que mes élèves l'ont bien en main, je vais leur montrer comment grouper les nuances par couleurs, puis les ordonner de la plus claire à la plus foncée. ❤


Mercredi 8 février
 

Images séquentielles : la croissance de la jacinthe. Dégotée chez Petite Princesse, puis découpées, ordonnées et collées par Louiselle en totale autonomie. Logique, observation du monde, motricité fine, sens esthétique et plaisir - what else ? 😉

Jeudi 9 février :


Il y a un peu plus de 21 jours, un Papa d'élève m'avait gentiment prêté une couveuse et une douzaine d’œufs fécondés... Aujourd'hui, trois petits poussins sont nés dans ma classe... et ils n'ont pas eu d'autre choix que de s'apprivoiser tout de suite ! 😄

Vendredi 17 février :


17h30. 

*EXPIRE* 

Je sors de l'école. Vacances. Ça vient juste de commencer et rien que ça, c'est déjà chouette. Ça et le soleil, et la douceur de l'air.

On va bien en profiter, je vous le dis !! 🙌

Mardi 21 février :



Une p'tite voix s'élève du salon :

"Maman, écoute ça : les enfants détestent les limites, ils adorent les règles !!!".

Tout va bien, c'est Antonin qui lit Filliozat. Et il en est à la page 119.  "Il me cherche !" d'Isabelle Filliozat est bien le genre de livre à traîner un peu partout, chez nous. C'est un manuel clair et concis, qu'on aime avoir sous le coude pour y piocher rapidement un éclairage. J'y puise régulièrement, aussi bien pour mes élèves que pour mes enfants. Mon homme met le nez dedans régulièrement aussi, et il a d'ailleurs développé des "blagues Filliozat" (si, si... 😅) : à Louiselle qui réclame malicieusement un deuxième dessert, tout en sachant qu'elle ne l'aura pas, son père réplique : "ah, mais non, en fait, ce que tu veux c'est de l'amour, ma fille, c'est du contact, pas du sucre, viens ici que je te chatouille", etc. 😁

Pour en revenir à Antonin, ce n'est donc pas étonnant qu'il se mette à lire ce livre, puisqu'il l'a en permanence sous la main. En réalité, il ne lit que les gros titres, attractifs et colorés, mais met un point d'honneur à les lire tous. Et ne dédaigne pas jeter un coup d’œil aux petites BD d'Anouk Dubois. 😉

Remise de mon étonnement et de mon admiration, j'ai trouvé ça super. parce que du coup, on en parle, on explique : "Ce livre essaie d'aider les parents et les enfants à se comprendre, parce que ce n'est pas facile." Antonin s'amuse à rechercher les situations qui lui sont familières : "Moi, je ne cours pas partout en faisant n'importe quoi, mais la petite N., elle le fait dans les supermarchés. Par contre, Louiselle fait souvent comme si elle n'entendais pas, et moi, je veux toujours gagner...".

C'est clair et net : avec la lecture courante, on entre dans une autre dimension. L'âge de raison se profile... 😉

Vendredi 24 février :


Empreintes, mode d'emploi :

Proposez la peinture dans des assiettes plates, et choisissez avec votre enfant tout un tas de matériaux dans votre environnement qui permettront de laisser des traces : pots, couvercles, clipos, éponges, instant blox, bouchons de liège, cotons-tiges... Sur fond noir, c'est magique !! ❤❤

Samedi 25 février :


 C'est l'expérience classique (mais oh combien efficace) du lait coloré : remplir de lait une grande assiette plate, et verser quelques gouttes de colorant alimentaire aux couleurs variées, vers le centre de l'assiette, pas trop loin les unes des autres. effleurer la surface avec un coton-tige et remarquer comme le coton attire la couleur. Pratique pour faire des dessins...

Tremper à présent la pointe de votre coton-tige dans du produit vaisselle et plongez-le dans l'assiette... WAAAOOO !! magique, hein ? 😄 Il ne reste plus qu'à jouer librement en alternant un coton-tige imbibé et un qui ne l'est pas, et à s'émerveiller jusqu'à ce que les couleurs soient toutes mélangées... ❤

Dimanche 26 février : 


Le dessin du mois : "Buse variable", feutres, Antonin, 6 ans.

Le dessin d'observation donne à l'enfant une emprise sur le monde. On ralentit, on prend le temps d'observer finement les détails... Et on s'aperçoit que les plumes, sur le jabot d'un gros oiseau, dessinent des motifs ultra-graphiques. 😊

Lorsque j'ai commencé à proposer ce type de dessin aux enfants, j'avais un peu la crainte d'étouffer leur créativité, vous vous souvenez ?

Je n'ai plus cette peur aujourd'hui ! 😃

Lundi 27 février :


Lorsque j'étais petite, ma Maman faisait de merveilleux meubles, pour mes maison de poupées, à l'aide de boites d'allumettes, de tissu et d'épingles parisiennes... ❤ Pour perpétuer la tradition, et bien que je n'aie pas son talent, j'ai détourné deux boites d'allumettes en lit pour les marionnettes à doigts : tissu collé, oreiller et matelas de feutrine... C'est tout simple, mais les enfants adorent ! 😃

Bonjour, Mars ! 😊

lundi 27 février 2017

Conducteurs ou isolants



C'était il y a plus d'un an déjà, et notre petit matériel est toujours resté à disposition dans l'atelier depuis. Antonin et Louiselle restaient parfois plusieurs mois sans s'en servir, puis étaient pris d'un engouement tel qu'ils ne s'arrêtaient plus... Mais vous connaissez cela ! 😄

Le circuit en série n'a plus de secret pour eux ; à force de manipulation, ils ont bien compris que le courant circulait à travers le circuit, et qu'il pouvait être plus ou moins intense si on faisait varier certains paramètres (nature de la pile, nombre d'éléments en série...).

Le moment était venu de proposer une petite séance sur les notions de conducteurs et d'isolants... Et nous avons profité des vacances pour mener une petite recherche sur ce sujet pendant quelques jours.


J'ai commencé par composer une petite invitation : dans une corbeille, j'ai rassemblé un tas d'objets composés de matériaux variés (feuille d'aluminium, bracelet de perles, gomme, bâton, bague en argent, ruban, morceau de plastique et de carton...) et un petit défi rédigé sur papier. Depuis qu'Antonin est lecteur, ce type de petit mot a beaucoup d'attrait, et ceux que j'avais rédigé l'année dernière (et qu'il ne pouvait pas lire seul à l'époque) sont à présent régulièrement repris. Il les lit à sa sœur, puis ils s'appliquent ensemble à réaliser le circuit décrit par le message... 💓

Métaux

Les enfants ont également à disposition deux plateaux, sur lesquels ils trient les objets après les avoir testés : à droite les éléments qui laissent le courant circuler (métalliques), à gauche, ceux qui ne le laissent pas passer.

Bois

Bien sûr, à l'âge de mes enfants, le fait d'allumer une ampoule ou de faire tourner une hélice permet de visualiser les propriétés conductrices du matériau, bien mieux que ne le ferait un voltmètre. C'est assez magique pour eux, et l'émerveillement est au rendez-vous ! Ainsi que l'appropriation rapide des deux nouveaux termes introduits par l'expérience : "conducteur" et "isolant".

"Patafix"

En dépit de tout ce que j'ai pu lire sur Internet, notre pâte à modeler maison ne semble pas, au premier abord, conductrice... Et d'ailleurs pourquoi le serait-elle, je n'y intègre pas de poudre de fer ! 😁 Je garde cet échec dans un coin de ma tête - et reviendrai avec le fin mot en fin d'article... 😊

Mine de crayon... non graphite, visiblement 😕

J'ai eu aussi la grande surprise de constater que la mine de crayon que j'avais fournie aux enfants ne conduisait pas le courant ! Le petit effet que je comptais tirer de cette proposition est tombé à l'eau... Visiblement, de nos jours, les mines de crayons à papier ne contiennent plus de carbone... Nous en avons testé plusieurs , avant que, dans un fond de tiroir, je ne retrouve un crayon "graphite" (c'est écrit dessus !), et là...

Mine de crayon graphite

Ouf, ça s'allume ! 😊

Ne faites pas comme moi, pensez bien à vérifier la conductivité des matériaux que vous proposez avant l'activité ! 😁


J'ai longuement hésité : est-il pertinent de proposer de faire passer le courant dans un liquide lors de cette séance ?

Lorsque nous nous sommes lancés, j'étais loin de me douter de la complexité du phénomène sous-jacent... et dont l'explication est hors de portée de mes enfants. Ce sera à reproposer lorsqu'ils seront au lycée !  😁 En attendant, puisque nous l'avons fait, voici.


S'il existe des liquides qui sont d'excellents conducteurs électriques (comme le mercure), nous n'en disposons hélas pas dans notre humble cuisine... Et pourtant, ne lit-on pas partout que l'eau salée ou le vinaigre peuvent conduire le courant ?

En réalité, ce dont parlent les cours qui mentionnent ce fait, et ce que j'ai mis quelques heures à comprendre, c'est que l'eau salée est en réalité un conducteur... ionique. Elle n'est pas "intrinsèquement" conductrice, comme peuvent l'être les métaux ou le graphite. Ces derniers sont traversés physiquement par les électrons, alors que dans les liquides que nous avons à disposition, la réalité physique est bien différente : il y a une réaction, et c'est elle qui permet le flux d'espèces chargées.

Pour éviter de tremper directement les pinces croco dans l'eau (qui risquent de rouiller)...
on les fixe à des bandes de papier d'aluminium, dont on a vu lors de la première phase qu'il était hautement conducteur !

Ce qui traverse l'eau, ce ne sont pas les électrons, mais un flux d'ions - espèce chimique électriquement chargée. Les électrons qui parviennent à notre électrode d'aluminium "moins" sont gobés par les ions positifs... Le phénomène est observable : il y a création de bulles du côté de notre borne "moins" !!! 


Mais pour conserver la neutralité du système, à chaque fois qu'un ion absorbe un électron, de l'autre côté et dans le même temps, un ion négatif va déposer un électron sur la borne positive... Physiquement parlant, il ne s'agit pas du même électron, même s'il est en tout point identique au premier... mais on peut avoir l'impression que les électrons se téléportent !

On peut s'amuser à réaliser cette expérience avec de l'eau du robinet, de l'eau minéralisée, de l'eau minérale, de l'eau salée, du vinaigre...  Mais n’espérez pas allumer une ampoule d'1,5 volts avec ce dispositif ! La déperdition d'énergie dans l'eau est énorme, et avec une pile plate, vous ne parviendrez qu'à éclairer une diode (0, 3 volts)... Enfin, n'oubliez pas que, contrairement à l'ampoule, la diode a un sens de branchement : connectez la grande patte sur la borne +, sans quoi elle ne s'allumera pas ! 😊


Dès que vous observez une conduction, souvenez-vous que dans ce cas, elle témoigne de la présence d'ions, et d'une réaction essentielle à la conduite des charges. Quant aux enfants, ils ont été impressionné que l'eau ne "coupe" pas le circuit, et ils ont adoré observer les petites bulles - et les explications scientifiques, dont leurs parents discutaient âprement pendant ce temps, sont passées au-dessus de leur tête... Bien sûr ! 😊


Et la pâte à modeler, alors ? Effectivement, grâce à la présence de sel et à une réaction similaire, qu'elle peut être dite "conductrice"... Enfin, "conductrice"... : on est quand même à l'orée de l'abus de langage ! Sa résistance est en fait telle qu'il vous faudra une pile de 9 volts pour allumer une diode ! 😊 Mais sachez que c'est possible, nous l'avons testé ! Quoiqu'encore une fois, et bien que cette activité soit estampillée "pour enfant", le phénomène physique sous-jacent n'est pas compréhensible par les moins de 15 ans...

Bonne expérimentation ! 😊

(Merci à mon homme, scientifique de mon cœur, pour son assistance physique et son éclairage intellectuel lors de cette séance !) 😄

samedi 25 février 2017

"Enseigner" l'Histoire de France ?

Pensez aux coloriages historiques, ils font fureur ! 😊

Depuis Septembre dernier, nous suivons à la maison une petite progression en Histoire dont je vous parlais ICI et : tous les mois, nous nous penchons sur la vie d'un personnage capital de notre histoire nationale.

J'ai reçu quelques questions sur ma manière de procéder, auxquelles je vais tenter de répondre aujourd'hui... brièvement si possible ! 😁


En Histoire, pars-tu des centres d'intérêt de tes enfants ?

Ma réponse va surprendre tous ceux qui connaissent ma manière de procéder habituelle : non.

Du moins, pas pour le moment. Pas vraiment. Pas en la matière. Enfin, non, quoi. 😁

L'Histoire de France ne s’acquiert pas comme on acquiert la marche, la parole, ou les concepts mathématiques. Ce savoir humain est d'une toute autre nature : il est tissé de contingences. Non seulement certains grands hommes ont pris des décisions qu'ils auraient très bien pu ne pas prendre (Ah, si César n'avait pas franchi le Rubicond...), mais surtout les évènements retenus par la mémoire collective sont eux même le résultat d'une Histoire, elle aussi contingente, et fortement liée aux modèles de pensée dominants d'époques qui se sont succédé et influencé (Nul n'avait jamais entendu parler de Vercingétorix avant le XIXe siècle...).

Lorsque l'enfant apprend à marcher, à s'asseoir et à parler, il suit un plan de développement interne qu'il fortement préjudiciable de "stimuler". Hors problèmes de santé spécifiques ou carences affectives dramatiques, tous les enfants apprennent à marcher, à s'asseoir et à parler. Laissons-les donc faire leur boulot. De même, laissons-les faire leur apprentissage sensoriel - il est impossible par définition de le faire à leur place, de toute manière. En ce qui concerne l'entrée en mathématiques, je ne suis pas loin de penser, à l'instar de Platon, que l'enfant porte en lui des schèmes universaux, avec lesquels il naît, et qu'une fois encore, en la matière, l'adulte n'a qu'un rôle discret à jouer. Si les apprentissages sociaux et culturels se font par imitation ou immersion, les choses se gâtent légèrement lorsqu'on considère le monde de l'écrit...

Mais revenons à notre Histoire.  99% des élèves à qui j'ai enseigné l'Histoire (et il y en a eu, je me charge de cette matière dès que possible en décloisonnement) n'en avaient jamais entendu parler. Et n'avaient donc rien construit, si on excepte des connaissances parfois solides sur la Pré-Histoire, période très (trop ?) largement traitée lors de leur scolarité antérieure.

Bien sûr, l'enfant qui n'a jamais entendu parler d'Histoire de France développe tout de même un intérêt pour la chose, par exemple pour les dinosaures ou les chevaliers. Et bien sûr, nous sommes attentifs à cet intérêt et nous le nourrissons. Mais je ne suis pas du tout sûre que, ce faisant, nous "fassions" de l'Histoire. A vrai dire, l'étude des dinosaures ne fait pas, stricto sensu, partie de l'Histoire humaine, mais plutôt de celle des Sciences naturelles. Et l'intérêt pour les chevaliers, si on ne la greffe pas sur un contexte historique très précis, se mêle vite à l'univers des contes de fées - ce qui très bien en soi, bien sûr, mais qui échappe une fois de plus au champ de la science qui nous concerne.

Je n'ai pas attendu que mon nouveau-né manifeste un intérêt pour les livres pour lui en dire (des tas et des tas). Et il a immédiatement adhéré. De même, un beau jour, j'ai sorti tous nos livres d'Histoire de notre bibliothèque (pour dire la vérité vraie, Antonin était déjà amoureux de certains d'entre eux depuis longtemps) et j'ai dit : "Je vais vous raconter une histoire. Notre Histoire, à nous, les hommes d'ici. Mais elle est tellement longue, qu'il nous faudra un an !" Je savais que cela allait leur plaire. Je n'ai jamais rencontré un enfant à qui ça ne plaisait pas. 😊


L'ordre historique est-il important ?

Capital. 😊

Certes, l'enfant apprend dans la complexité. Faites-lui une bonne démonstration, dans le bon ordre, avec tout ce qu'il faut de preuves, et il n'en retiendra rien s'il ne peut le fixer à un évènement déjà intégré. L'enfant apprend dans le désordre joyeux du monde, et ne mémorise que s'il peut faire des liens entre ses savoirs. Notre objectif en tant qu'éducateur reste donc de lui permettre de tisser un maximum de ces liens. Bien. Impossible pour nous d'essayer de reproduire le chaos du monde qui est le sien - nous ne ferions que projeter notre propre carte mentale sur l'apprenant, et cela ne fonctionnerait pas. Le seul moyen que nous ayons pour le doter d'outils, c'est de proposer les choses dans l'ordre. Dont il fera ce qu'il voudra.

Voilà comment je parviens à être à la fois amoureuse de Maria Montessori (partisane de l'ordre) et de la pédagogie Reggio Emilia (partisane de la complexité). 😁

On présente l'Histoire dans l'ordre - enfin, à ce stade, ce sont d'ailleurs DES histoires, et elles se suivent. Les enfants sont captivés, ils attendent la suite. Et puisque le but du projet est de balayer l'ensemble de notre Histoire nationale en un an seulement, ils construisent rapidement les schèmes sur lesquels tisser des liens. Nous visitons Aigues-Mortes ? C'est une ville qu'a connu Louis IX. Nous nous passionnons pour la mythologie ? Il s'agit de la religion de Jules César. Nous lisons la Bible ? C'est cette fameuse religion, pour laquelle on mourrait dans l'Antiquité et que Clovis a choisi pour asseoir un pouvoir sans précédent. Les concepts historiques ont été rencontrés - ici sous la forme concrète de personnages réels, du fait de l'âge de mes enfants -, ils ont été nourris par le feu du récit (j'adooore raconter !!) et par la joie du jeu (merci les figurines). Les enfants ne retiendront pas tout. Certes. Mais ne soyez pas surpris si Louiselle, 4 ans, vous raconte par le menu ses anecdotes préférées... sur lesquelles je suis d'ailleurs passée très vite, moi ! : l'assassinat de Jules César ou  l'épisode du vase de Soisson. Voilà, elle a fait ses propres liens, ses propres choix. Ça s'appelle la culture.

On ne demande pas à des enfants de cet âge de reconstituer une chronologie historique, même en s'appuyant sur des personnages connus. Mais inconsciemment, la notion de temps historique se construit. Tiens, Jules César portait des sandales ("Comme Jason", vous expliquera Antonin), et Clovis avait encore beaucoup du Celte, à bien y regarder. Charlemagne, arborant son orbe, commence à se parer d'instruments illustrant le pouvoir, mais Saint Louis, quatre siècles et demi plus trad, est passé maître en cet art. On s'amuse à relever les objets qui, dans les représentations de ces rois, ne servent qu'à dire cela : "Je suis le roi !", et on décrypte une filiation... "Saint Louis et Jeanne d'Arc se ressemblent beaucoup", vous expliquera Louiselle, "surtout leurs chevaux". 😁 Et oui, ma fille, seulement 200 ans les séparent, et en ces temps d'essoufflement caractéristiques de leur temps, il est bien naturel que ces deux-là se ressemblent un peu... Même Dieu, mêmes démons (ou presque), et même idées folles...

Rien d'historique n'est accessible sans temps historique - sans chronologie. Loin de moi l'idée de farcir les jeunes têtes de dates !!! Mais il essentiel de comprendre ce qu'une génération doit à la précédente. En réalité, c'est la raison même pour laquelle on étudie l'Histoire. 😊


Comment choisis-tu tes figures emblématiques ?

Je ne les ai pas choisies. Elles sont tout droit sorties des Programmes 2008 - qui avaient bien, bien, bien des défauts, et dont je suis bien contente qu'on les ait remisés au placard. Mais qui m'ont fourni, en l'occurrence, des outils pour poser des balises culturelles efficacement et sortir en un temps record les élèves du brouillard culturel dans lequel ils étaient plongés.

Le choix de ces personnages est largement contingent (c'est au moins la cinquième fois que j'écris ce mot dans ce article 😁 ) : on aurait pu en choisir d'autres. Et donc : pourquoi pas ceux-là ? Ils me conviennent parfaitement. Ils n'ont d'autres fonction que d'illustrer la pensée d'une époque et je dois dire qu'ils le font tous excellemment. De plus, le fait qu'ils aient été au Programme pendant quelques années permet de jouir d'un certain nombre de ressources les concernant - en particulier ces petites cartes dont mes enfants raffolent...

N'hésitez-pas à me relancer si vous avez d'autres questions ! 😊
Save

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lundi 20 février 2017

Résoudre un problème familial

Il arrive que, dans une famille, on soit confronté à un problème persistant. Un problème, qui, quoi qu'on fasse, quoi qu'on dise, de quelque manière qu'on se positionne, se dresse devant nous comme un mur inébranlable et froid.

Un de nos grands "problèmes" paraîtra sans doute bien dérisoire à ceux qui n'ont jamais manqué de sommeil... et pourtant... 😖 Voici :

Depuis des années, les enfants se réveillent à l'aube le week-end, et nous réveillent.

Je ne sais même pas trop comment les choses se passent. Ce que je sais, c'est qu'ils s'éveillent plus tôt le samedi et le dimanche que les autres jours de la semaine. Il parait que c'est classique, et que j'étais ainsi, moi aussi, quand j'étais petite... En fait, je soupçonne Antonin d'aller réveiller sa sœur qui dormirait volontiers plus longtemps. Remarquez que je ne suis sûre de rien, que je dors, moi, à l'étage en dessous, que je ne voit rien, n'entends rien jusqu'à ce que les bruits de conversation et les déplacements (voire les hurlements et les galopades...) me tirent du sommeil. Les faits qui précèdent mon réveil sont confus. Quand je questionne les enfants, ils n'ont jamais la même version, et je commence la journée avec un sentiment de suspicion (Antonin a-t-il réveillé sa sœur ?), de rancune (si oui, il n'en a pas le droit !!) et d'injustice (Nul n'a le droit de priver les autres du sommeil dont ils ont besoin).

Les psychologues conseillent toujours de formuler ses besoins propres. Le mien est simple : j'ai besoin de dormir les matins où je le peux.

Par "dormir", je n'entends pas : faire la grasse matinée. Oh, là, là. Je crois que je ne saurais plus faire, de toute façon.😄 Par "dormir", je veux dire : j'ai besoin de me réveiller naturellement, sans être arrachée à mon cycle de sommeil par un enfant qui court dans l'escalier ou qui chante à tue-tête. Mon réveil naturel se fera peut-être à 6h, peut-être à 9h, peu importe : ce qui importe, et ce à quoi j'ai droit en tant que personne, c'est de me réveiller seule, au moment qu'il est bon pour moi - au moins de temps en temps.

Bien sûr, nous avons "tout" essayé, comme on dit : nous avons râlé. Nous avons exprimé nos besoins (parfois calmement, et parfois non). Nous nous sommes fâchés. Nous avons expliqué. Nous avons interdit. Nous avons proposé des alternatives. Nous avons illustré, tergiversé, rappelé...

Rien n'y faisait : tout cela glissait sur les enfants, qui semblaient vraiment ne pas prendre la mesure de notre fatigue.

Nous sommes passés, mon homme et moi, par tous les sentiments vis-à-vis de ce problème, du déni ("Non, mais en vrai notre problème n'est pas un vrai problème. Pensons à tous ces gens qui ont vrais problèmes, et cessons de nous plaindre !") au découragement ("De toute façon, on n'y peut rien. Un enfant reste un enfant, il a besoin de faire du bruit et nous ne pourrons pas faire le travail à sa place..."). Et puis, un jour, j'ai posé sur la table ma pile de livres éducatifs et j'ai commencé à les parcourir tous, pour voir s'il n'y avait rien sur le sujet quelque part. Dans mon souvenir, il n'y avait rien. Et de fait, je n'ai pas trouvé d'évocation de notre cas précis, mais je suis tombée sur le chapitre "Pour résoudre un problème" (Parler pour que les enfants écoutent, Écoutez pour que les enfants parlent, Faber et Mazlish, p. 135) : les auteures y proposent un plan de résolution de problème par étapes soigneusement identifiées. J'ai relu, j'ai même pris quelques notes, et j'ai appliqué. Et cela a marché. 😊 Depuis plus d'un mois à présent, mon mari et moi ne sommes plus réveillés par les enfants le week-end. 😊

Les conséquences de ce simple fait sont tellement importantes, tant pour mon équilibre physiologique que pour l'harmonie de notre vie de famille, que je devais absolument y consacrer un article !! 😄


Voici les étapes de cette "méthode de résolution de problème", chacune illustrée par notre cas précis.

Étape préliminaire : Convier tout le monde à une réunion de famille pour discuter du problème.

Pas question de traiter la chose entre deux portes. Si problème il y a, cela fait belle lurette que tout le monde le sait à la maison. Convoquez tous les protagonistes impliqués : "J'aimerai te parler. As-tu le temps maintenant ?". Pour nous, nous étions tous les quatre concernés, alors, un dimanche d'extrême fatigue, j'ai décrété un goûter spécial : "Au goûter tout à l'heure, nous nous assiérons tous autour d'une boisson avec des biscuits, et nous discuterons de notre problème de sommeil du week-end. Est-ce que tout le monde est d'accord ?".

Tout le monde était d'accord. Mon homme était un peu surpris par tant de cérémonialisme, et les enfants peut-être un peu méfiants, mais tout le monde était d'accord. L'idée ici est de ne pas traiter le problème à chaud, lorsque les protagonistes sont tout vibrants d'émotions. Sans aller jusqu'à donner un rendez-vous, il est important de vérifier la disponibilité du ou des enfants : "Pour toi, est-ce un moment propice pour que nous parlions ?".

Le message est clair : Notre problème est important pour nous, et il vaut qu'on lui consacre un temps de qualité. Mais derrière cette volonté de se réunir pour discuter, il y a aussi la preuve de notre confiance. Nous prenons le temps le temps de nous asseoir, de prêter l'oreille aux sentiments de chacun, de partager avec les autres nos vrais sentiments. Nous croyons en notre capacité à trouver des solutions acceptables.

D'ailleurs, c'est drôle, dès que je me suis assise à la table de ce goûter, j'ai su que nous allions y arriver. J'ai su que cela allait fonctionner ! Bon, mon homme ne partageait pas ma certitude, du moins, pas encore... 😄

"Un message essentiel est inscrit au cœur de cette approche : quand surgit un conflit entre nous, il n'est pas nécessaire de mobiliser nos forces les uns contre les autres, ni de nous demander avec angoisse qui en sortira victorieux et qui sombrera dans la défaite. Au contraire, nous pouvons utiliser notre énergie à rechercher le genre de solution qui respecte les besoins de chacun en tant qu'individu. Nous enseignons à nos enfants qu'ils n'ont pas à être nos victimes ni nos ennemis. Nous leur donnons des outils qui leur permettent de participer activement à la résolution des problèmes auxquels ils font face maintenant, alors qu'ils vivent au foyer, puis dans le monde difficile et complexe qui les attend." (Faber & Mazlish, p. 143).

Dernière chose : munissez-vous d'un crayon et d'une feuille de papier pour le debriefing... Ce sont des accessoires indispensables à l'étape 3 ! 😉

Étape 1 : Parler des sentiments et des besoins de l'enfant, avant de parler des siens propres.

A force d'employer la méthode "J'exprime mes besoins", j'en oubliais parfois d'écouter et de formuler ceux des enfants, dans cette histoire. Alors, lorsque nous fûmes tous réunis autour de notre goûter, après avoir rappelé brièvement les termes du problème à résoudre, je commençais par là :

"Nous sommes là pour parler de la manière dont les choses se passent le matin en week-end.

Vous, les enfants, vous avez besoin de vous lever, de jouer et de courir. Vous avez envie de vous retrouver et de parler. C'est bien cela ?"

Laissez l'enfant s'exprimer sur ce point autant qu'il le souhaite. L'attitude de l'adulte est primordiale : il s'agit d'accueillir sans juger, sans évaluer, sans essayer de raisonner. "Laissez votre attitude indiquer : j'essaie réellement de mieux comprendre comment TU te sens à ce sujet. C'est seulement quand l'enfant se sent entendu et compris qu'il est en mesure de tenir compte de vos sentiments à vous." (Faber & Mazlish, p. 160).

Dans un second temps, j'ai exprimé le besoin des adultes : c'est bien de l'incompatibilité de ces besoins, les nôtres et ceux des enfants, que naissait le problème. "Voici maintenant comment Papa et moi nous nous sentons à ce sujet. Nous avons besoin de dormir et nous en sommes empêchés.".

Essayez de décrire votre position le plus brièvement et le plus précisément possible. Il est pénible et angoissant pour un enfant d'entendre ses parents détailler leurs émotions négatives - qu'il s'agisse de peur, de colère, de ressentiment... ou de fatigue.

Étape 2 : Faire ensemble un remue-méninges pour trouver une solution mutuellement acceptable. Écrire toutes les idées, sans les évaluer.

"Maintenant, nous allons noter toutes les idées qui nous viennent pour résoudre ce problème. Même si elles sont bizarres, ou impossibles. Même si elles sont désagréables. Nous allons les écrire TOUTES, sans les juger, et nous trierons après."

Laissez les enfants faire les premières suggestions, et notez-les mot pour mot. Le fait d'écrire confère de la valeur à chacune des propositions. Bien sûr, on se garde de juger, sans quoi tout le travail serait à refaire !

Cette étape est assez magique : les enfants ont valorisés par le fait que leurs propositions soient inscrites, et écoutées au même titre que les propositions des grands. La confiance gagne chacun petit à petit, on se détend, on se lâche... on s'amuse même à faire des propositions extrêmes !

Voici ce que nous notâmes sur notre feuille ce jour-là :

"1. Les enfants ne font pas de bruit, ils ont des activités calmes, comme lire des livres.
2. Les parents enferment les enfants dans leur chambre et ne viennent leur ouvrir que quand ils sont levés.
3. Les parents font garder les enfants le week-end, les enfants dormiront chez la nounou.
4. Les parents interdisent aux enfants de sortir de leur chambre avant 9 heures.
5. On règle les réveils des enfants sur 9 heures pour qu'ils sachent à quelle heure ils peuvent sortir de leur chambre.
6. Toute la famille fait une sieste le samedi et le dimanche pour rattraper le sommeil en retard.
7. Les enfants se couchent plus tard la veille pour se réveiller plus tard le lendemain."

Bien sûr, lorsque ces propositions surgissent, chacun est animé d'émotions. Par exemple, lorsqu'Antonin a fait la première, une voix en moi a soufflé : "Mouais, c'est bien beau, mais c'est ce que nous leur demandons depuis des mois, et ils ne parviennent pas à le faire...". Lorsque mon homme, non sans provocation, a fait la seconde, les enfants se sont récrié : "Oh, non !!". J'ai rappelé : "On note TOUT. Nous verrons après les idées qu'on aime et celles qu'on n'aime pas."

Peu à peu, l'enfant comprend qu'il ne sera pas jugé, et que les idées ne seront pas forcément appliquées, si elles ne correspondent pas au bien commun. La parole se libère, et les propositions fusent. Les enfants ont plein d'idées, et finalement, je comprends avec soulagement qu'ils ont conscience du "problème", que le "problème" ne glissait pas sur eux comme je le croyais auparavant, mais qu'ils le conçoivent, eux-aussi, comme une situation à résoudre. Nous sommes tous engagés dans une démarche de résolution commune : notre objectif à tous est le même, finalement. 😊

Étape 3 : Choisir les solutions potentielles, rayer celles qui ne conviennent pas.

Lorsque les idées se tarissent, nous les reprenons une à une, en rayant celles que nous ne pouvons accepter. Dans notre exemple, la proposition 2 fut rayé la première : enfermer les enfants est contraire à nos pratiques, et d'ailleurs, comment feraient-ils s'ils avaient envie de faire pipi ? "Il faut un pot dans notre chambre !", s'exclame Louiselle, pleine de bonne volonté. Non. Papa et Maman ne sont pas d'accord pour le pot. C'est infantilisant, et ce n'est pas hygiénique. On oublie.

La proposition 3 fut rayée également. Faire garder les enfants la nuit nous coûterait trop cher, et puis, franchement, nous avons envie de passer le week-end en famille. Je l'exprime clairement : "J'ai envie de passer tout le week-end avec vous, moi !". Voilà qui fait du bien à tout le monde. La 7e est également supprimée : les adultes tiennent aux horaires de coucher des enfants. D'abord parce que ces derniers tombent de sommeil dès 20 heures, ensuite parce que nos soirées entre adultes nous tiennent à cœur.

Nous relisons ensuite les propositions restantes. Honnêtement, à ce stade, je dois faire taire une petite voix en moi en chuchote : "Mais les solutions qui restent ont déjà été testées, peu ou prou, et elles n'ont pas fonctionné !". Mais voilà : d'abord, tout tient dans le "peu ou prou". Ensuite, aujourd'hui, ces propositions émanent de tous, et elles sont écrites. Voilà qui change tout. 😊

Nous mobilisons donc nos idées pour formuler notre solution. J'écris un petit texte de synthèse sous notre liste :

"Les enfants s'engagent à ne pas sortir de leur chambre avant 9 heures, sauf si Papa ou Maman vient les voir. Comme Louiselle ne sait pas lire l'heure, nous allons coller des gommettes sur son horloge pour lui indiquer l'emplacement des aiguilles à cette heure. Avant 9 heures, chacun reste dans sa chambre et s'occupe à des activités calmes : on peut lire, et on ne chante que dans sa tête. La veille, les enfants choisiront chacun 3 puzzles dans le bac à puzzles et auront la permission de les monter dans leur chambre. Ils imprimeront aussi quelques coloriages - et Papa et Maman acceptent qu'ils aient chacun une boite de feutres sur leur bureau."

Chacun signe ce texte, et Louiselle écrit même des "OKÉ, OKÉ" en regard de chaque phrase. 😄Visiblement, l'adhésion des enfants est totale.

Étape 4 : Passer à l'action.

Au boulot ! Papa achète à chacun une petite boite de feutres, et comme ils étaient interdits dans les chambres jusqu'alors, je peux vous dire que c'est la fête ! Louiselle nous réclame à corps et à cris les gommettes sur son horloge. Bref : le samedi et le dimanche matins sont attendus avec joie.

Étape 5 : Faire le point et donner suite.

La semaine suivante, nous faisons un point le vendredi soir. Nous relisons notre "solution", nous procédons au choix des puzzles et des coloriages. Et miracle : samedi matin, je peux me réveiller naturellement. Oh, pas bien tard, certes. Mais naturellement. Nous refaisons un rappel le samedi soir - et dormons le dimanche jusqu'à 8 heures sans être dérangés ! Le dimanche après-midi, nous faisons un point : notre méthode a fonctionné cette fois-ci, tout le monde est satisfait et espère qu'il en sera de même les semaines à venir.

Ces moments de bilan sont essentiels à la réussite de l'entreprise : le jour où un caillou se glissera dans le bel engrenage de notre résolution de problème, il faudra l'en extraire en famille, éventuellement en utilisant la même méthode. Le danger est de considérer le problème résolu une fois pour toute ; puisqu'à ce stade, chacun est conscient que le "problème "en est un, que chacun tient à la réussite de sa résolution, il ne faut pas oublier de continuer d'en prendre soin. 😊

Que pensez-vous de tout cela ?

"Cela ne parait pas trop difficile, n'est-ce pas? Mais ça l'est. Et le plus exigeant, ce n'est pas d'apprendre les étapes. On y arrive, pour peu qu'on s'applique. Le plus difficile, c'est la changement qu'il faut opérer sur notre propre attitude. Nous devons cesser de voir l'enfant comme un problème à corriger." ((Faber & Mazlish, p. 143).

Avez-vous, vous aussi, un "problème" à résoudre dans votre vie de famille ? Si vous tentez ou avez tenté la résolution de problèmes à la manière "Faber et Mazlish", merci de nous faire un retour sur votre expérience, fructueuse ou non !! 😊